Le combat des obscurantistes
Editorial • Le rédacteur en chef de «La Liberté» commente l'initiative contre le Centre islam et société de l'université déposée jeudi.
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Louis Ruffieux
23 juillet 2015 à 15:20
A-t-on déjà vu une initiative populaire aussi peu glorieuse que celle déposée hier par l’UDC fribourgeoise contre le Centre islam et société de l’université? Elle est biscornue et sera sans doute inapplicable. Mais quel bon hochet électoraliste, qui sera agité à satiété jusqu’aux élections cantonales de l’automne 2016! Dans le souci de promouvoir le bien commun, on a déjà fait mieux.
Le Centre islam et société, créé à Fribourg à la demande de la Confédération et désormais largement subventionné par une fondation privée, existe déjà. L’université a fort mal communiqué à sa naissance. Elle a ainsi contribué à alimenter la machine à fantasmes qui tient lieu de moteur politique à l’UDC. Le centre n’est pas une «école coranique» et ne forme pas des imams, mais cela n’intéresse pas les initiants, puisque leur propagande dit le contraire. Que l’initiative constitutionnelle vise à violer la liberté académique et l’autonomie d’une haute école, voilà qui ne les émeut pas davantage.
L’enseignement, la recherche et la formation continue sont au cœur du nouvel institut universitaire. En d’autres mots: le savoir, le partage des connaissances, la confrontation d’idées et le dialogue, si nécessaires aujourd’hui pour une meilleure intégration des musulmans et pour améliorer la compréhension réciproque. L’université, qui se voit parfois reprocher son imperméabilité aux contingences de la société, s’attaque ici à l’un de ses problèmes actuels majeurs. Associer les musulmans au débat, réaffirmer avec force les valeurs intangibles du système et de l’espace culturel helvétiques dans lesquels ils vivent, c’est sans doute éviter la marginalisation, les ghettos, et «l’islam de cave» propice à l’obscurantisme.
Préférer l’ignorance et les clichés moisis, exploiter les légitimes répulsions suscitées par la barbarie des islamistes, tout cela en voulant bâillonner l’université pour la première fois en ses 126 ans d’existence, n’est-ce pas, hélas, une autre manifestation d’obscurantisme?
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