Droits humains. Le régime au Nicaragua "a démantelé les derniers contrepouvoirs"
Le régime du président Daniel Ortega au Nicaragua "a démantelé les derniers contrepouvoirs", selon des enquêteurs internationaux. Dans un rapport publié mercredi à Genève, ils dénoncent de nouveaux actes équivalant à des crimes contre l'humanité.
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ATS
Aujourd’hui à 09:00, mis à jour à 12:21
Depuis 2018, Daniel Ortega et son épouse Rosario Murillo "ont ancré" leur mainmise sur le pays, affirme le président du Groupe d'experts sur les droits humains au Nicaragua, Jan Simon. Les autorités et le parti du chef de l'Etat sont devenus "une machine unifiée de répression avec un impact national et international" qui répondent au couple présidentiel.
Les enquêteurs mandatés par le Conseil des droits de l'homme, qui ne s'expriment pas au nom de l'ONU, estiment que l'entrée en vigueur de la réforme constitutionnelle il y a quelques jours a "achevé" l'Etat de droit. Désormais, Rosario Murillo est devenue co-présidente. Et les pouvoirs législatifs et judiciaires ont été réduits au rang d'organes pilotés par ce double exécutif, ajoutent les experts indépendants.
Ils ont déjà dénoncé à plusieurs reprises ces dernières années de possibles crimes contre l'humanité au Nicaragua. Depuis un an, ceux-ci se sont poursuivis, affirment-ils dans leur rapport.
Ils mettent cette fois-ci en avant une quatrième phase de la répression, observée actuellement, durant laquelle le crime de déportation a été perpétré. Au total, plus de 450 personnes ont été chassées et déchues arbitrairement de leur nationalité.
Appel à porter le cas à la CIJ
De même, les experts ont des raisons de penser que les autorités sont aussi responsables du crime de disparitions forcées prolongées pendant plusieurs mois au moins.
Depuis le début de la crise politique, une persécution politique semble également constituer un crime contre l'humanité tant il est systématique. "C'est un gouvernement en guerre contre sa propre population", accuse une membre du groupe d'experts, Ariela Peralta.
Les enquêteurs établissent par ailleurs pour la première fois clairement le rôle de l'armée, aux côtés de la police et des paramilitaires, dans la répression qui a fait plus de 300 victimes en 2018. Le groupe d'experts va dévoiler dans les prochaines semaines une liste de responsables présumés des crimes.
La communauté internationale doit prendre des initiatives "concrètes" contre le régime, estime encore un autre membre, Reed Brody. Les enquêteurs demandent une plainte contre le Nicaragua devant la Cour internationale de justice (CIJ), notamment pour torture. Et une augmentation des sanctions contre les individus qui ont perpétré des violations.