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Fribourg: Le Festival international de musiques sacrées tisse des liens entre la musique d’hier et d’aujourd’hui

La 20e édition commence samedi et a lieu jusqu’au 7 juillet.

L’église du Collège Saint-Michel est l’écrin du Festival international de musiques sacrées de Fribourg. © Aldo Ellena - archives
L’église du Collège Saint-Michel est l’écrin du Festival international de musiques sacrées de Fribourg. © Aldo Ellena - archives

Elisabeth Haas

Publié le 26.06.2024

Temps de lecture estimé : 7 minutes

Le Festival international de musiques sacrées de Fribourg fête cet été sa 20e édition. Un anniversaire célébré en compagnie de nouveaux ensembles invités mais aussi de noms qui ont marqué les mémoires. Le FIMS fait notamment confiance aux étudiants de la Haute Ecole de musique (HEMU), qui seront présents deux fois via la création d’une œuvre de la compositrice polonaise Agata Zubel mais aussi d’un programme jazz à l’enseigne de Monteverdi Reloaded. De quoi cette 20e édition sera-t-elle faite? Luc Terrapon, membre de la commission artistique, invite à s’élever.

Homme de radio aujourd’hui à la retraite, il a participé à définir la ligne du festival depuis ses débuts. «Il n’y a jamais eu de direction artistique» au FIMS, rappelle-t-il. «Nous travaillons en concertation.» Une manière de fonctionner qui assure tous les deux ans une programmation de haut vol.

En 1986, l’interprétation historiquement informée s’imposait dans le paysage musical, renouvelant la manière de jouer et d’écouter de la musique. Un pionnier comme Philippe Herreweghe est ainsi venu à Fribourg à l’invitation du FIMS, avant de devenir un chef de file. Mais au moment de fonder le festival, le terme de «musiques sacrées» a été préféré à celui de «musique ancienne», même si les périodes Renaissance et baroque constituent de fait «le cœur de la programmation», confirme Luc Terrapon. Il n’a jamais été question de se cantonner à un seul style: «Cela nous laisse une grande liberté dans la programmation.»

D’édition en édition, le FIMS s’est donc distingué par la très grande qualité des ensembles invités. «Nous avons vraiment essayé de proposer le meilleur, tout en maintenant un équilibre entre les époques», précise Luc Terrapon. La commission musicale a eu à cœur de sélectionner «les ensembles les plus remarquables, sans nous baser sur leur notoriété». Stile Antico et Vox Luminis, qui viennent tous deux à Fribourg pour la seconde fois cette année, n’étaient d’ailleurs pas aussi connus qu’aujourd’hui lors de leur première invitation.

Foisonnement

Vox Luminis ouvrira les feux ce samedi à l’église du Collège Saint-Michel avec les Vêpres (Vespro della beata Vergine) de Monteverdi, qui se situent à la charnière entre la Renaissance et le premier baroque et qui font «entrer le théâtre dans la musique, et même dans la musique sacrée», résume le programme du FIMS. L’ensemble Stile Antico enchaînera dimanche avec un programme Renaissance intitulé The Path to Salvation, autour d’œuvres liées à la Semaine sainte de Byrd, Tallis, Taverner, Lassus, Morales, Victoria, ou encore Palestrina.

Mais le répertoire à découvrir sera encore plus ancien, avec les motets médiévaux interprétés par l’ensemble Sollazzo, tandis que le baroque sera défendu par les Scherzi Musicali et la Kölner Akademie, ainsi que par deux ensembles bien connus du public fribourgeois, Gli Angeli Genève, dirigé par Stephan MacLeod, et l’ensemble vocal Orlando, dirigé par Laurent Gendre. Autre star, le Theatre of Voices de Paul Hillier partira de la Renaissance pour toucher au XXIe siècle d’Arvo Pärt et de la compositrice suédoise Karin Rehnqvist et de son Chant de la Terre.

«Il nous semble important de favoriser un répertoire contemporain»
Luc Terrapon

Cette possibilité de ne pas transiger sur la qualité tient au «foisonnement» des ensembles de musique ancienne: un milieu particulièrement riche et dynamique actuellement. «C’est plus difficile de trouver des excellents ensembles pour la musique romantique, il n’y a pas le même foisonnement», remarque Luc Terrapon.

Le style romantique, ou plutôt postromantique, est toutefois représenté cette année par le Nederlands Kamerkoor, qui viendra à Fribourg chanter les Songs of Farewell (Chants d’adieu) du Britannique Hubert Parry, «un chef-d’œuvre du début du XXe siècle, peu connu chez nous, inspiré de la tragédie de 1914-18». En 2008, le concert de ce chœur spécialisé dans le répertoire moderne et contemporain avait été très intense. Il chantera à nouveau une œuvre en création, commandée par le FIMS à Stefano Gervasoni, The world grown dark (Le monde s’est assombri), qui fera écho aux autres œuvres de la soirée du 6 juillet, le Requiem d’Herbert Howells et les Tenebrae Responsories de James MacMillan.

Le festival n’a jamais cessé de défendre la création d’œuvres nouvelles, rappelle Luc Terrapon: «Il nous semble important de favoriser un répertoire contemporain. Nous l’avons fait dès le départ», en passant des commandes de composition ou via un concours de composition, qui a lieu tous les quatre ans. «Nous avons vécu de très beaux moments lors de certaines créations.»

Aussi sur les ondes

Cela devrait être à nouveau le cas le 30 juin, lorsque l’Ensemble contemporain de la HEMU, dirigé par Guillaume Bourgogne, fera entendre Es lärmt das Licht (Il y a du bruit dans la lumière) d’Agata Zubel. Les étudiants ont eu l’occasion de travailler avec elle plusieurs fois cette saison. Ce dernier concert est le couronnement de sa résidence de composition.

Es lärmt das Licht a été pensé pour des cordes et une voix de soprano – Raphaële Kennedy en l’occurrence. Agata Zubel fait elle-même une carrière dans le milieu de la musique contemporaine en tant que soprano et est demandée dans le monde entier. Elle a imaginé l’œuvre pour accompagner les Quatre chants pour franchir le seuil de Gérard Grisey, même si son langage est différent. «Tandis que Grisey a exprimé la réconciliation avec la mort, précise Agata Zubel dans une note d’intention, j’ai voulu commenter le renoncement à la vie, avec des couleurs inévitablement sombres mais aussi des moments lumineux.» Pour exprimer «l’acceptation de la fragilité humaine», la compositrice exploite une «narration musicale continue» basée sur un poème de Rainer Maria Rilke.

Ce concert, comme les autres, sera capté par les micros d’Espace 2, partenaire du festival. Ses retransmissions en direct ou en différé sur les ondes de radio européennes contribuent au rayonnement du FIMS, qui continue d’attirer un public nombreux, et surtout fidèle, à Fribourg.

«Couleurs du monde»

Les cinq concerts de musiques du monde tiennent à la volonté du FIMS «d’élargir le concept de musiques sacrées du point de vue géographique», rappelle Luc Terrapon, membre de la commission artistique. L’introduction de cette série date de 1998: «Elle a eu tellement de succès que nous avons continué. Il y a un attrait du public pour ce type de concerts.» Lors de cette 20e édition, le festival mettra donc en évidence les polyphonies bulgares, la tradition musicale kurde, les chants traditionnels de Mongolie, les chants perses, ainsi que, à l’enseigne des Jardins d’Al-Andalus, le métissage musical inédit né de la période où juifs, chrétiens et musulmans cohabitaient sur la péninsule Ibérique.

Orlando pour la cinquième fois

En 1994, le FIMS a été «l’étincelle» qui a déclenché la formation de l’ensemble vocal Orlando, dirigé depuis Fribourg par Laurent Gendre. Le concert du 1er juillet est le cinquième que ce chœur professionnel donnera dans le cadre du festival, trente ans après y avoir fait ses débuts. Le chef apprécie particulièrement cette fidélité, pour la chance de jouer des œuvres rares, à l'instar des Musikalische Exequien de Heinrich Schütz, obsèques en musique bien différentes du requiem catholique.

«Nous pouvons faire des programmes un peu moins demandés ailleurs», salue Laurent Gendre (photo Charly Rappo), qui a notamment gravé avec l’ensemble Orlando les Psaumes de David du même Schütz ou dirigé son Histoire de la Nativité. Un compositeur baroque qui a précédé Bach de cent ans et qui a été précurseur dans sa manière d’utiliser l’allemand plutôt que le latin, de rendre les mots expressifs pour ne pas dire théâtraux et notamment d’écrire à plusieurs chœurs.


L’ensemble Les Cornets noirs, avec qui Orlando a régulièrement chanté, accompagnera les vingt voix du chœur ainsi que les sept solistes. Les parties instrumentales feront la part belle aux timbres des cornets à bouquin et des sacqueboutes. «Schütz laisse beaucoup de souplesse dans l’instrumentation», note Laurent Gendre. Dans les Musikalische Exequien, le compositeur est en revanche très précis sur l’effectif des parties vocales. Ce qui permet une grande variété dans les couleurs et la densité sonores, selon que les mouvements sont joués en tutti ou en alliant la basse continue et les différents registres instrumentaux aux voix solistes ou chorales. «Ce n’est pas une œuvre triste, insiste Laurent Gendre. La musique est très rythmique.»

Des pièces purement instrumentales jouées par Les Cornets noirs seront entre autres tirées du répertoire de Giovanni Gabrieli, chez qui Schütz s'est formé à Venise.

>Programme détaillé à l’agenda et sur www.fims-fribourg.ch

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