FINANCES • Eveline Widmer-Schlumpf a défendu son bilan après sept mois de présidence de la Confédération. Mais c’est en tant que ministre des Finances qu’elle est mise sous pression, et pas seulement par l’UDC.
Bonne élève, la présidente de la Confédération Eveline Widmer-Schlumpf énumérait hier toutes les entrevues à haut niveau effectuées dans le cadre des sept premiers mois de son année présidentielle. Il ne manque que le président français François Hollande à son palmarès mais elle assure qu’elle le verra avant la fin de l’année. Ce bilan intermédiaire inhabituel intervient en contrepoint d’une activité ministérielle qui suscite de plus en plus de critiques. Et pas seulement du côté de l’UDC, qui accuse la représentante du Parti bourgeois-démocratique (PBD) de céder trop rapidement aux pressions internationales. La livraison aux Etats-Unis de données personnelles sur des employés par les banques suscite une incompréhension qui dépasse le cercle de l’Association suisse des employés de banque.
Au printemps dernier, le Conseil fédéral a autorisé les onze banques prises dans le collimateur de la justice américaine à livrer le nom de leurs employés ayant eu des relations d’affaires avec des clients américains. On parle de quelque 10000 noms et autres données personnelles livrés aux Etats-Unis. La pression ne se relâche pas pour autant. Lundi, la «Tribune de Genève» relatait la mésaventure de deux adolescents genevois mineurs, en voyage aux Etats-Unis pour visiter leurs grands-parents. Ils auraient été longuement interrogés sur les activités de leur père, gestionnaire de fortune, à leur arrivée sur le sol américain.
Faute de confirmation officielle, la conseillère fédérale refuse de commenter l’affaire. Elle montre une égale prudence en ce qui concerne les employés de banque. «Je ne connais ni le nombre de personnes concernées, ni le détail des données fournies, affirme-t-elle. Ce sont les banques qui sont responsables du respect de la protection des données. Le cas échéant, l’affaire est du ressort de la FINMA, l’autorité de surveillance des marchés financiers. Mais je veux savoir ce qui s’est passé et je compte rencontrer une délégation d’employés.»
Un autre litige met la conseillère fédérale sous pression: la nouvelle convention négociée avec la France sur les droits de succession. A l’avenir, l’imposition devrait se faire sur la base du domicile de l’héritier et non plus du défunt. Une mauvaise nouvelle pour les cantons qui pratiquent les forfaits fiscaux. Ils craignent que certains Français renoncent à s’établir en Suisse. «Et que se passera-t-il pour les Suisses résidant en Suisse qui ont des héritiers vivant en France?» demande le conseiller national UDC Jean-François Rime? Pour ce dernier, cette affaire est révélatrice du manque de combativité d’Eveline Widmer-Schlumpf. «Elle fait concession sur concession au lieu de se battre.» Réaction de la Grisonne: «La France menace de dénoncer la convention actuelle. Mieux vaut un bon compromis que pas de solution du tout. Même les directeurs cantonaux des Finances en conviennent.»
L’accumulation de ces dossiers difficiles inquiète. «On n’avait pas besoin d’en rajouter en révisant maintenant la convention avec la France», s’exclame une personnalité de l’économie. Le président du PDC lui-même, Christophe Darbellay, ne cache pas un certain malaise face à ce nouveau dossier. Cela n’altère pas son jugement global sur Eveline Widmer-Schlumpf. «En tant que président de la commission de l’économie, je vois à quel point elle est solide. Son style discret est typiquement suisse. Je suis persuadé qu’il sera cautionné par le peuple en novembre, dans le cadre des accords sur l’impôt libératoire conclus avec l’Allemagne, l’Autriche et la Grande-Bretagne.» Ces accords qui permettent de maintenir ce qui reste du secret bancaire sont contestés par un référendum de l’ASIN et des jeunes socialistes. Le Parti socialiste n’a pas encore pris position. I