11/08/2012

L’automne s’annonce chaud à Berne

Rentrée politique • Les vacances sont finies pour le Conseil fédéral qui est mis sous pression par un contexte international tendu. Etat des lieux dans les sept départements.

L’heure de la rentrée politique a sonné. Le Conseil fédéral tiendra sa première séance après la pause estivale mercredi prochain. Les commissions parlementaires se remettent également à l’ouvrage dès lundi. Les dossiers mis au frais pendant un mois sortent des tiroirs. Florilège non exhaustif.

 

 

Turbulences pour le Gripen

Le chef du Département de la défense Ueli Maurer n’en démord pas: le Gripen suédois est le meilleur choix possible pour l’aviation militaire suisse. Il lui reste à convaincre le parlement, voire le peuple. La sous-commission de sécurité chargée d’enquêter sur la procédure d’évaluation qui a conduit le Conseil fédéral à choisir cet appareil pour remplacer le Tiger publiera son rapport le 21 août. On ne s’attend pas à ce qu’il révèle des irrégularités. Par contre, il conduira à une discussion sur les critères du gouvernement qui a privilégié l’appareil le meilleur marché au détriment du plus performant.

 

Environnement, transports, énergie et communication

L’épreuve de vérité pour l’énergie

Les Chambres ont accepté le principe d’une sortie progressive du nucléaire, mais tout reste à faire pour remplacer l’atome et la date à laquelle la dernière centrale mettra la clé sous la porte–2034 selon Doris Leuthard–reste encore sujette à caution. La gauche rose-verte tentera d’imposer une sortie plus précoce par voie d’initiative tandis que le lobby de l’électricité tentera de prolonger la durée de vie des centrales existantes. Doris Leuthard présentera en septembre sa stratégie énergétique. Les grincements de dents sont assurés car les investissements nécessités par le développement des énergies de substitution et par la modernisation du réseau de transport de l’électricité conduiront à une augmentation du prix de l’énergie. Cette facture va renforcer le camp des sceptiques, notamment au sein des milieux bourgeois qui, par opportunité politique, ont approuvé le principe de la sortie du nucléaire.

 

Finances

La crainte de l’encerclement

Eveline Widmer-Schlumpf est soumise à une rude pression internationale depuis que les Etats-Unis et l’Union européenne ont engagé la bataille contre l’évasion fiscale. La Suisse a déjà lâché du lest. La subtile nuance entre fraude et évasion fiscale appartient au passé. Berne tente aujourd’hui de conserver ce qui reste de son secret bancaire en multipliant les accords fiscaux. Il s’agit d’introduire un impôt à la source qui garantit des recettes fiscales aux Etats tout en protégeant la sphère privée des clients. Les Suisses voteront en novembre sur trois de ces accords, mais un non du Parlement allemand peut aussi réduire à néant la stratégie helvétique. Face aux pressions américaines, le Conseil fédéral a par ailleurs autorisé onze banques à livrer à la justice US le nom de leurs employés en contact avec des clients américains. Or, il n’est même pas sûr que cette concession controversée permette la conclusion de l’accord global espéré pour fin 2012.

 

Intérieur

Pression sur les assurances sociales

Le ministre fribourgeois a pris le soleil au festival de Locarno, mais c’est à Berne que l’attendent les dossiers chauds du département. Il sera doublement mis sous pression en tant que socialiste. Après l’échec populaire des réseaux de soins, il lui appartient de combattre la nouvelle initiative pour la caisse unique déposée par ses amis politiques. Il a aussi pour mandat d’assurer à long terme le financement de la prévoyance vieillesse. A cet égard, il a donné un gage à la gauche en s’engageant pour une approche globale du premier et du deuxième pilier (AVS et caisses de pension). Cela lui a permis d’échapper aux questions gênantes concernant la baisse du taux de conversion du 2e pilier ou la hausse de l’âge de la retraite.

 

Justice et police

L’asile dans la ligne de mire

Simonetta Sommaruga a eu beau organiser une sortie champêtre sur le thème des mariages forcés, c’est sur la question de l’asile qu’elle sera jugée. La hausse des demandes, liée notamment au Printemps arabe, suscite une forte résistance dans les cantons et les communes qui manquent de lieux d’accueil. La conseillère fédérale souhaite accélérer les procédures qui peuvent durer jusqu’à quatre ans, mais le Conseil national est allé au-delà de ses desiderata en décidant en juin dernier de supprimer l’aide sociale aux requérants. Ceux-ci devraient se contenter d’une aide d’urgence, à l’instar des demandeurs d’asile déboutés. Pour la cheffe du Département de justice et police, c’est une mesure inhumaine et contreproductive qui ne fera que mettre les cantons sous pression. Elle compte sur le Conseil des Etats pour rétablir la situation.

 

Affaires étrangères

Attentes contrariées

Didier Burkhalter a imposé un changement dans la continuité aux Affaires étrangères. La diplomatie publique appartient au passé mais les bons offices et la défense des droits de l’homme demeurent. Le Neuchâtelois a même pris le risque de financer une réunion à Berlin de plusieurs groupes d’opposition syriens. Didier Burkhalter est surtout attendu sur la question européenne. Berne veut relancer la voie bilatérale en mettant l’accent sur le dossier de l’électricité tandis que Bruxelles réclame avant tout un accord cadre qui accélérerait la reprise en Suisse du droit européen. La proposition suisse d’une autorité de surveillance nationale suscite un scepticisme généralisé.

 

Economie

L’épine agricole

Alors que l’Europe entière est aux soins intensifs, Johann Schneider-Ammann est un ministre de l’Economie heureux. Le taux de chômage est au plus bas et l’industrie d’exportation, menacée par le franc fort, est soutenue à bout de bras par la banque nationale qui fait le forcing pour maintenir le cours du change à 1,20 franc pour un euro. Une chance pour ce libéral qui ne souhaite pas interférer dans le fonctionnement des lois du marché. A court terme, c’est l’agriculture qui constitue l’épine dans son pied. Le Conseil national commencera l’examen de la Politique agricole 2014-2017 lors de la session d’automne. C’est un véritable défi pour l’ancien entrepreneur Johann Schneider-Ammann qui a montré une profonde méconnaissance de l’agriculture lors de ses premiers mois au Conseil fédéral. Il joue sa crédibilité sur ce dossier. Une enveloppe de plus de 13 milliards de francs est en jeu.

CHRISTIANE IMSAND

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