c’est papa qui l’dit! • Mademoiselle a de réelles aptitudes physiques, mais manque de souffle: la première bougie sur son gâteau d’anniversaire, elle n’est jamais parvenue à l’éteindre.
Comme hier lors de la demi-finale de Roger Federer, je touche du bois, croise les doigts et me tient les pouces: un jour j’espère, ma fille, qui vient de fêter son premier anniversaire, participera aux Jeux olympiques. Non pas devant la télé, zapette à la main, tel son fainéant de père qui se plaît à bondir d’une chaîne à l’autre en condamnant–mais en son for intérieur seulement, solidarité professionnelle oblige–ces commentateurs qui cherchent leurs mots et n’y connaissent rien.
La critique est facile. Mais combien de membres non britanniques de l’espèce humaine seraient capables de faire vibrer un autre membre non britannique de l’espèce humaine sur une course d’aviron? Jeudi, Steve Roth, qui «vit passionnément ça depuis le centre des médias», a bien essayé. «Surtout ne pas perdre le contact», s’est écrié le journaliste de la RTS en constatant que le bateau suisse, à qui l’on prêtait une vraie chance de médaille, était à la traîne. Dans sa baignoire, ma fille, elle, se la coule souvent douce mais ne rame jamais à contre-courant. Sur l’épreuve du «j’agite les mains dans l’eau pour faire avancer mon canard jaune en plastique sans lui faire boire la tasse», elle fait même preuve d’une combativité étonnante. Plus qu’à la marche en tout cas. La marche n’aurait-elle pas perdu de son attrait auprès des jeunes?
Pourtant, mademoiselle ne manque pas de ressort. Détente sèche (tractée par les bras d’autrui)? Un bon mètre. C’est mieux que LeBron James, un des leaders de la Dream Team américaine de basketball, et autant que le meilleur des sauteurs en hauteur. Déesse du stade ou adepte de la main au panier: pour papa, la question ne se pose même pas. Pas touche!
Oui, disais-je, le sang de mon sang participera aux JO. Où et quand? Je l’ignore. Le sport aussi reste à définir. Une chose est sûre: je serai son premier entraîneur et, déjà, l’exerce au rouler de la balle de tennis, une discipline qui requiert une grande souplesse du poignet mais qui n’est pas prête d’être admise au sommet de l’Olympe. De là à lui tendre une raquette, il y a un pas que son papa, le connaissant, franchira bientôt. Se montre-t-il trop empressé? Beaucoup l’ont été avant lui, quitte à se comporter en tyran. Jim Pierce, Stefano Capriati, Amir Dokic, Richard Williams ou Youri Sharapov (la liste est non exhaustive), autant de pères fouettards pour qui la fin justifiait les moyens. Leurs filles sont devenues des championnes. Sont-elles plus heureuses pour autant?
Si ma p’tite nana a de réelles aptitudes physiques, elle manque encore de souffle. Hier, malgré ses nombreux efforts et autant de grimaces, elle n’est jamais parvenue à éteindre la première bougie de son gâteau d’anniversaire, remettant à plus tard–ou à jamais–le beau rêve de papa. Ce qui n’est pas plus mal. I
Voir notre dossier: JEUX OLYMPIQUES DE LONDRES