David Desharnais: «J’aime permettre à mes ailiers de marquer.» Vincent Murith
hockey sur glace • David Desharnais, le renfort NHL de Gottéron, est arrivé hier à Fribourg. Fatigué mais en bonne forme physique, il revendique son esprit créatif.
Vendredi après midi, dans un des vestiaires de la patinoire Saint-Léonard transformé pour l’occasion en local de presse. Après avoir pris soin de régler la focale de sa caméra, un journaliste s’avance vers David Desharnais et lui tend son micro. «Un, deux, trois... Top!» L’interview peut commencer: «David Desjardins, bienvenue à Fribourg. Alors comment vous sentez-vous?» Eclats de rire dans la salle. On rembobine tout et on recommence.
Aussi drôle soit-il, le lapsus est révélateur: en Suisse, le nouveau renfort étranger de Gottéron, centre de la première ligne d’attaque des Canadiens de Montréal et auteur de 60 points (16 buts, 44 assists) en 81 matches la saison passée, est un parfait «nobody». Casquette de baseball vissée sur la tête, mais à l’envers, le Québécois de 26 ans ne s’en offusque pas. Lui-même concède ne rien savoir ou presque du hockey helvétique. Son équipe d’adoption? «Les Gottéron de Fribourg», dit-il.
A sa décharge, David Desharnais n’était pas de la première fraîcheur, hier. Voyage et décalage horaire obligent. Arrivé vers 10h30 à l’aéroport de Genève, celui qui portera le maillot No51 des Dragons a eu à peine le temps de poser ses bagages, serrer la main de son entraîneur et jeter un œil curieux à son nouveau lieu de travail qu’il devait remplir ses premières obligations médiatiques.
- Il y a deux ans, vous étiez déjà en contact avec Gottéron. Pourquoi les discussions n’ont-elles pas abouti?
Les contacts n’étaient pas aussi avancés que cela. C’est un agent qui m’avait dit que, si je n’arrivais pas à faire mon trou en NHL, il y avait peut-être une place pour moi en Europe. J’aurais pu imaginer traverser l’Atlantique, mais pas avant d’avoir obtenu ma chance dans la «grande ligue».
- Cette chance, vous l’avez reçue et même saisie...
Une de mes qualités est la persévérance. J’ai toujours eu confiance en mes capacités mais encore fallait-il pouvoir montrer de quoi j’étais capable. J’ai joué en East Coast Hockey League (la 3e division nord-américaine, ndlr) puis en American Hockey League (la 2e division). J’ai franchi les étapes les unes après les autres en donnant le meilleur de moi-même. On profite toujours du malheur de quelqu’un. Mais en étant le meilleur «en bas», on allait obligatoirement penser à moi.
- Pourquoi avez-vous dû attendre aussi longtemps?
Ce n’est pas à moi de répondre, mais c’est sans doute une question de taille (il mesure 1m70, ndlr). Je sais que je ne vais pas pouvoir me battre avec un gars de 6 pieds 4 pouces (1m93) et de 215 livres (98kg) dans les coins. Il m’a donc fallu développer d’autres qualités.
- Lesquelles?
La vitesse et l’intelligence. Plus qu’un buteur, je suis un fabricant de jeu. J’aime permettre à mes ailiers de marquer.
- Et dans quel état de forme êtes-vous?
Je me suis entraîné tout l’été pour être prêt pour le camp d’entraînement des Canadiens, en septembre. Ce serait un comble si je n’étais pas en forme au mois de novembre! J’étais en salle de force tous les jours et sur la glace deux à trois fois par semaine. J’ai aussi participé à une tournée de bienfaisance. Avec d’autres joueurs de NHL, nous nous sommes promenés à travers le Québec et avons disputé des matches dont les bénéfices étaient reversés à des œuvres caritatives.
- Mais rien ne remplace la compétition...
C’est pourquoi j’aurai besoin de trois ou quatre rencontres pour dérouiller mes mains et raccourcir mon temps de réaction. Mais la condition physique est là.
- Pourquoi avoir attendu si longtemps avant de faire le grand saut?
A part les «top gun», les grands noms, qui ont signé en Europe assez vite, beaucoup de joueurs voulaient voir quelle tournure allait prendre le conflit avant de se décider. J’ai reçu des offres de Finlande, de Suède et d’Allemagne mais la Suisse a toujours été mon premier choix. J’ai été patient et attendu la bonne opportunité (au mois de septembre, Genève-Servette s’était déjà renseigné sur lui, ndlr).
- Que savez-vous du hockey suisse?
J’ai entendu beaucoup d’avis différents. Je veux faire mes expériences avant de donner le mien.
- Et de Gottéron?
Je sais que l’équipe occupe la troisième place du classement. C’est à peu près tout. Je fais confiance à ceux que je connais et avec qui j’ai parlé, René Matte (entraîneur assistant) et Sylvain Rodrigue (entraîneur des gardiens), mais j’avoue partir un peu dans l’inconnu. I
David Desharnais, oui, mais pour combien de temps? Portera-t-il seulement le maillot des Dragons, dont la reprise du championnat est agendée au vendredi 16 novembre, contre Bienne? Bien malin celui qui peut dire comment le conflit nord-américain va se décanter. Desharnais lui-même l’ignore. «Pour le moment, mon esprit est ici. On verra bien après», soupire le Québécois de 26 ans. Une chose semble néanmoins acquise: propriétaires et joueurs sont résolus à trouver un accord, certains allant même jusqu’à prononcer la date du 1er décembre comme issue possible au «lock-out». Problème: qui le premier consentira à quelques concessions?
Directeur de Gottéron, Raphaël Berger se veut lui aussi prudent. Raison pour laquelle il n’a pas encore activé la licence européenne de l’attaquant canadien. «Laissons passer le week-end avant d’agir», lance Berger. Gottéron affronte lundi (19h45) l’équipe tchèque de Pardubice pour le compte de l’European Trophy. Desharnais pourra-t-il dès lors participer à la rencontre? «Normalement oui, car l’European Trophy n’est pas sous l’égide de la Fédération internationale. Mais nous ne prendrons aucun risque.» PS
A Fribourg, David Desharnais ne sera pas trop dépaysé. Deux autres Québécois, comme lui, font en effet partie du contingent: Simon Gamache et Christian Dubé. «Je sais que Dubé a été un excellent junior et qu’il a fait une belle carrière en Europe, mais je ne le connais que de nom. Gamache m’est plus familier. Nous nous sommes entraînés quelques fois ensemble durant l’été, à Québec», raconte l’attaquant de Montréal. «C’est vrai, confirme Gamache. Et ce que je peux vous dire, c’est qu’au pays les gens sont fiers de lui. Tous ceux qui évoluent à son niveau ont travaillé, mais Desharnais encore plus que les autres.» Et l’ailier No22 des Dragons de poursuivre, admiratif: «La première fois que je l’ai vu, j’avoue que je ne savais pas qui il était. Nous avons joué ensemble et je me suis dit: «Tiens, ce petit a un bon œil. Techniquement, il n’est pas mal non plus.» Chaque été, il était un peu plus fort.» Alors pourquoi n’a-t-il pas trouvé grâce aux yeux des entraîneurs de NHL plus tôt? «Certains arrivent à maturité plus tard que les autres, sa taille a peut-être été un frein à un moment donné aussi, répond Gamache. Mais il n’a jamais rien lâché, c’est pourquoi Desharnais mérite le respect.»
