Le temps est passé, la moustache y est passée. Aujourd’hui père de famille, Oli
Le temps est passé, la moustache y est passée. Aujourd’hui père de famille, Olivier Schaffter a gardé un pied sur les tatamis. DR
12/07/2012

«Mes JO étaient terminés en 5 minutes»

Les oubliés des JO • Le judoka jurassien était du voyage àSéoul et Barcelone. A chaque fois, le même scénario: une élimination prématurée. S’il n’a pas récolté les lauriers espérés, il garde de bons souvenirs de ces expériences.

C’est fou comme une carrière de sportif peut rassembler tous ses clichés dans une vieille malle abandonnée au fond du grenier. Olivier Schaffter dépoussière les images avant de les proposer, preuve que la nostalgie n’a pas vraiment envahi le quotidien de l’ancien judoka. Les images en noir et blanc ont plus de vingt ans.

On y retrouve, clinquante, la fière moustache qui a fait sa signature sur des cartes de soutien qui rassemblaient alors toute une région derrière son héros. C’était en 1988 sur les tatamis de Séoul et en 1992 dans la fournaise de Barcelone. Deux Jeux olympiques pour notre homme et autant de crève-cœur.

 

Manque de combativité

Parce que, pour le judoka jurassien, l’aventure olympique s’est évanouie en moins d’un quart d’heure de compétition cumulée. «Je n’ai jamais vraiment rêvé d’un titre de champion. Cela s’est construit petit à petit. J’étais passionné et j’aimais mon sport. Je ne cherchais pas à gagner à tout prix, mais à m’entraîner, voyager, rencontrer des gens. Mon premier objectif a été la ceinture noire: un truc inatteignable pour moi quand j’étais tout jeune.»

Séoul 1988. Quand Olivier Schaffter débarque au cœur de la «ville capitale», l’Asie ne lui est pas inconnue. Le Jurassien avait su s’exporter pour gagner ses lettres de noblesse là où le judo est né, au Japon mais aussi en Corée du Sud. «On s’entraînait le matin, on travaillait la journée et on s’entraînait encore le soir, six jours par semaine.» La ville arborait alors un autre visage, métamorphosé. «Grandiose. Le pays vivait pour ça.»

Olivier Schaffter est d’attaque au premier tour, au premier jour de la compétition contre un Américain. Le Yankee est fort. «Ce n’était pas un mauvais tirage. De toute façon, si j’avais voulu faire un bon résultat, je devais le battre.» Dans le théâtre des Jeux, un petit truc s’apparente à un grand trac. «Je n’étais pas en pleine possession de mes moyens. J’ai reçu des pénalités, alors qu’en compétition, cela ne m’arrive jamais.» Une pénalité pour manque de combativité, un comble, pour un sportif motivé à défendre ses chances bec et ongles! Alors il a perdu, Olivier Schaffter. «Mes jeux étaient terminés. En cinq minutes. C’est la réalité du judo. Parfois, cela dure même moins que ça.»

 

Il rêve de médaille

Après ces Jeux, on se dit forcément que l’on reviendra. «Non, pas tout de suite. Je me suis donné un temps de réflexion. J’avais besoin de faire une pause. J’étais marqué physiquement.» Olivier Schaffter a 24 ans. Il continue de s’entraîner, de manière un peu plus décontractée. Se relance aux Mondiaux de Belgrade une année plus tard. Pas spécialement préparé, il revient avec une belle septième place. La voie pour Barcelone était toute tracée. Quelques mois avant les JO 1992, il devient vice-champion d’Europe à Paris. Barcelone 1992, justement. Olivier Schaffter rêve de médaille, de revanche. «Je gagne par ippon (ndlr: prise qui fait tomber l’adversaire largement sur le dos) le premier match contre un gars pas très fort, qui venait des îles Fidji.» Son deuxième combat contre le Français Bertrand Damaisin, futur médaillé de bronze, sera aussi le dernier.

Le Jurassien vit le même scénario qu’à Séoul! «Je me suis dit: ce n’est pas possible! J’étais préparé, j’étais au top de ma forme, mais je me sentais diminué, asphyxié. J’ai espéré jusqu’à la fin des bonnes attaques. J’ai failli pouvoir marquer, mais cela n’a pas suffi. Je n’avais plus de force, plus rien. Je ne me l’explique pas. J’étais tendu. J’avais passé une mauvaise nuit, je n’avais presque pas dormi. Mais ça reste des Jeux. Je savais que je terminais ma carrière à Barcelone, alors, après, j’ai su en profiter.»

Sans aucun regret? «Non, j’en garde une bonne expérience de vie. J’ai vécu ma carrière comme une passion. Mais j’étais usé par le sport de compétition. Je n’avais pas envie d’être dégoûté. A 28 ans, j’étais jeune. J’avais envie de passer à autre chose.» Installé à Nods, dans le Jura bernois, au pied du Chasseral, Olivier Schaffter le bourlingueur s’est sédentarisé. La malle aux souvenirs n’a pas bougé du grenier. I

 

 

 

«On doit se réintégrer dans la société»

«J’ai vécu une chouette carrière.» Olivier Schaffter, 47 ans, est aujourd’hui professeur de sport au CPLN de Neuchâtel. «Le judo m’a apporté une certaine notoriété dans le milieu. Cela a été un plus quand je cherchais un travail. Mais je n’éprouve pas le besoin de montrer que j’ai réalisé une carrière sportive, cela m’est égal. J’ai eu de la chance, c’est une vie particulière et c’est une cassure quand tout s’arrête. On doit se réintégrer dans la société.» Marié, papa de Leïla et Raïan, le Jurassien a gardé un pied sur les tatamis. «J’ai toujours eu envie que le judo reste un plaisir.» C’est pour ça qu’il continue d’entourer les plus jeunes, que ce soit au sein de la fédération neuchâteloise ou dans le cadre du sport universitaire.

Raffi kouyoumdjian

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