PHOTOGRAPHIE • Le Français Christophe Suarez immortalise les éclairs au bord du lac Léman et dans les Alpes. Bénéficiant des progrès du numérique, il ne cache pas que la force du chasseur d’orage, c’est sa patience.
La passion. C’est le mot qui domine en entendant les propos de Christophe Suarez, un authentique «chasseur d’orages». Ce photographe de Haute-Savoie s’est fait connaître dans le monde entier en 2007 grâce à un cliché exceptionnel d’un orage à Genève. «C’est une image rare, car on voit le coup de foudre dans son entier. J’avoue que c’est l’un de mes plus beaux souvenirs tout au long de mon parcours de chasseur d’orages. J’ai aussi eu une grande part de chance», raconte-t-il.
L’artiste ne cache pas non plus son plaisir devant une photographie qu’il a réalisée le 10 septembre 2006 sur le Salève. «C’était une soirée exceptionnelle! Ça foudroyait toutes les secondes; je n’avais jamais vu ça. D’ailleurs, je n’ai jamais retrouvé une telle intensité.»
Sans doute ce moment lui rappelle-t-il une scène de son enfance qui a fait naître sa passion pour les orages et autres coups de foudre. «J’avais neuf ans quand j’ai été confronté à un orage violent pour la première fois. J’étais avec ma grand-mère en Espagne et je me souviens d’un immense coup de foudre. Terrorisé, je me suis enfui en courant. Ma grand-mère n’avait pas peur. Paradoxalement, je crois que c’est à ce moment-là que j’ai eu le déclic…»
Les années ont passé. Ce n’est qu’à la trentaine que Christophe Suarez décide d’immortaliser les coups de foudre. Une envie dopée également par l’arrivée du numérique au début des années 2000. «Cette technique a été le moyen de relier mes deux passions: la photographie et l’amour des éléments, pas seulement les orages, mais aussi les tempêtes, les volcans…», raconte-t-il. L’appareil numérique reste un atout de valeur pour le photographe. «Il faut faire énormément de photos pour capturer l’éclair. Nous avons beaucoup moins de déchets avec le numérique, même s’il en reste toujours.»
Par contre, le numérique ne garantit pas la réussite à 100% de l’image. «Au dernier moment, cela peut capoter. Le coup de foudre peut tomber à côté. On ne peut pas savoir. Il y a quand même une part d’inconnu.»
Pour être «au bon endroit, au bon moment», Christophe Suarez consulte les prévisions météorologiques de France et de Suisse et condense les informations pour déterminer le lieu où il se postera pour prendre les photos. «Une dégradation du temps est prévue une semaine avant en général; mais il faut attendre encore quelques jours pour affiner les prévisions. Parfois, en deux jours, cela change totalement. On sait que les montagnes favorisent le soulèvement des nuages et que l’humidité est un facteur intéressant – d’où des positions près du lac Léman par exemple, mais cela ne fait pas tout.»
Pour Christophe Suarez, il existe deux manières de chasser les orages. «Il y a d’abord la chasse cueillette. Cela veut dire qu’on se rend dans un lieu défini d’avance et qu’on attend que la dégradation tombe sur nos têtes.»
La deuxième façon de chasser les coups de foudre est de suivre les cellules orageuses sans choisir un lieu précis. La souplesse est donc de rigueur. «On suit le mouvement rotatif de la cellule orageuse et, cerise sur le gâteau, on assiste parfois à une petite tornade... Dans les Alpes, c’est parfois compliqué à suivre. Avec cette manière de chasser, on part pour l’aventure. C’est un autre état d’esprit. Je suis prêt à faire 1000 kilomètres s’il le faut!», lance le photographe.
Car la force des chasseurs d’orages est avant tout la patience. «Il faut savoir garder son sang-froid. Etre impulsif ne sert à rien. Quand on cherche un orage, on doit également être bien dans sa tête, sinon cela ne fonctionnera pas… Et puis, il faut être conscient qu’il est possible de rater ses clichés. C’est le jeu.» Immortaliser un coup de foudre n’arrive pas tous les jours. I
Christophe Suarez a créé un site internet en 2005 pour tous les chasseurs d’orages. Au début, une trentaine de photographes seulement l’alimentaient. Aujourd’hui, plusieurs centaines jouent le jeu, en France et en Suisse. Le site donne des prévisions météorologiques spécialisées, dévoile des photos, propose des forums et donne des informations sur les expositions de photographies mises sur pied en France et en Suisse.
> A voir sur www.chasseurs-orages.com ou sur www.suarez.fr
Voir notre dossier: SÉRIES D'ÉTÉ DE LA LIBERTÉ