fribourg • Un large public est venu samedi observer le chantier de l’ouvrage qui reliera le Schoenberg au Palatinat. Malgré les surcoûts annoncés récemment, c’est l’enthousiasme qui régnait parmi les 8000 visiteurs. Reportage.
«Je suis venu voir où iront mes impôts!» C’est la phrase que l’on entend partout en ce samedi matin à l’entrée du chantier du pont de la Poya à Fribourg. Des mots prononcés avec malice qui laissent pourtant rapidement place à un enthousiasme démonstratif parmi les visiteurs. «C’est renversant! Quel bel ouvrage! Quelle prouesse technique!» Le public ne cache pas sa joie à l’occasion des portes ouvertes organisées par le Service des ponts et chaussées (SPC) du canton de Fribourg. Et les sourires omniprésents s’accordent à merveille avec le bleu du ciel.
D’un coup de baguette magique, la cote du pont de la Poya, mise à mal par les récentes annonces de surcoûts conséquents, est subitement remontée. Il n’y a pas à dire, la construction de grands ouvrages passionne toujours autant. Preuve en est, on aura rarement vu autant de Fribourgeois se balader avec des appareils photos. Comme si chacun voulait capter un moment d’éternité. «Je trouve fascinant de suivre le chantier d’un pont aussi imposant que celui-ci. L’aspect financier passe presque au second plan.» Cette remarque lâchée par l’un des très nombreux visiteurs–près de 8000 selon les organisateurs–résume bien l’ambiance qui régnait samedi sur les lieux.
De quoi mettre du baume au cœur à l’ingénieur cantonal André Magnin: «Nous sommes très fiers de pouvoir présenter cette œuvre en devenir aux Fribourgeois. Surtout après les mauvaises nouvelles que nous avons dû leur annoncer il y a peu.» A ses côtés, le conseiller d’Etat Maurice Ropraz, chef de la Direction de l’aménagement, de l’environnement et des constructions (DAEC) ne cache pas non plus sa joie: «Je suis impressionné par la technologie et le savoir-faire qui se dégagent de cet ouvrage. Son implantation est très réussie», partage-t-il en se déplaçant sur la partie déjà réalisée du pont, côté Palatinat.
Un endroit suspendu qui offre de toutes nouvelles perspectives paysagères de Fribourg. Dont une vue royale et inédite sur la cathédrale de Fribourg. «Vous voyez», plaisante le conseiller d’Etat en pointant son doigt dans cette direction: «Je suis sûr qu’à l’époque il y a aussi eu des dépassements de budget pour la construction de la cathédrale.»
La chaussée du pont, dont environ un tiers est à ce jour achevé, offre également un superbe point de vue sur la Sarine. Outre le pont, les curieux ont pu découvrir l’avancée des ouvrages connexes. Dont le tunnel de 80 mètres qui suit immédiatement le pont et qui a été un travail très délicat, à cause de la grande proximité des fondations de certaines habitations. C’est à l’intérieur du tunnel que l’on retrouve deux des concepteurs du pont de la Poya, associés du bureau jurassien GVH. Petite précision: c’est en 1989 que GVH avait été désigné vainqueur du concours pour le pont de la Poya. «Moralité, mieux vaut gagner des concours quand on est jeune», sourit l’ingénieur Pierre Gorgier.
Pour la réalisation de la rade de Genève, pour laquelle GVH a aussi remporté le premier prix, le bureau attend toujours… Le second ingénieur, Bernard Houriet, relativise quant à lui le prix du pont revu à la hausse (soit 211 mio): «Par rapport à des ouvrages similaires construits à l’étranger, ce montant est plutôt économique», assure-t-il.
Le tunnel est suivi d’une non moins impressionnante tranchée qui amènera les automobilistes vers le rond-point souterrain qui sera construit entre le stade de football de Saint-Léonard et la halle omnisports. De ce rond-point de 32 mètres de diamètre qui sera situé dix mètres en dessous de la surface, les véhicules pourront se rendre soit vers la caserne de la Poya, soit en direction de Granges-Paccot. En tout, ce sont 670 mètres de galeries souterraines qui seront creusés.
A la fin de la visite, on demande à un participant de décrire ce qu’il a vu en un adjectif: «Aérien!», répond-il du tac au tac. Tout aussi aérien était le prix de l’eau minérale proposée aux visiteurs assoiffés. Quatre francs la bouteille. On se dit alors que le canton, pas à un sou près dans cette affaire, aurait pu faire un geste en désaltérant gratuitement ses citoyens. Parmi lesquels il y avait beaucoup d’enfants. I
> Longueur 851 mètres.
> Largeur 19,25 mètres. Trois voies pour les véhicules, une voie cyclable et une piétonne.
> Hauteur 70 mètres en moyenne.
> Hauteur des deux mâts 110 mètres.
> Structure Acier et béton.
> Travée centrale 160 mètres de long, soit le record suisse pour un pont.
> 80 mètres La longueur du tunnel.
> 650 mètres La longueur des différents tronçons souterrains qui permettront de relier les deux côtés de la route de Morat.
Prix de l’ouvrage
> 211 millions dont 130 millions de francs à la charge du canton.
> En 2006, les citoyens s’étaient prononcés pour un crédit de 58 millions de francs.