PONT DE LA POYA • Un nouveau surcoût de 22 millions de francs est annoncé. Cela fait grimper le coût total du projet à 211 mio. Maurice Ropraz promet de tout mettre en œuvre pour éviter d’autres mauvaises surprises.
Un nouveau surcoût de 22 millions de francs, pour une facture qui enfle à 211 mio: c’est la mauvaise surprise annoncée hier par la Direction de l’aménagement, de l’environnement et des constructions (DAEC) pour le projet de la Poya.
Ce dépassement était attendu. C’est le montant qui surprend. Au début du mois, le nouveau conseiller d’Etat Maurice Ropraz avait annoncé devant le Grand Conseil un surcoût, mais il l’espérait de l’ordre de quelques millions (cf. «La Liberté» des 3 et 11 mai). «C’est vrai que l’ampleur est quand même importante», reconnaît-il.
Et d’expliquer: «Dès mon entrée en fonction en début d’année, j’avais quelques craintes. Cette inquiétude s’est renforcée début mai lorsque j’ai obtenu des informations plus précises sur les conséquences financières des travaux souterrains.» Il a alors commandé une analyse financière, dont les résultats ont été présentés hier matin au comité de pilotage du projet.
Si la surprise est désagréable pour Maurice Ropraz, l’ampleur de la rallonge est à nuancer. Les 211 mio annoncés correspondent au coût final estimé du projet et non celui à ce stade. Dans les 22 mio de surcoût sont intégrés 4,5 mio de renchérissement légal futur prévisible d’ici à l’ouverture en 2014 ainsi que 5 mio de réserve «pour tenir compte des incertitudes qui pourraient encore surgir au cours des trente mois de travaux restants».
Ce montant de 5 mio n’est pas sorti d’un chapeau. Est prévue une réserve de 2% sur les 100 millions de francs de travaux déjà adjugés mais pas encore réalisés, et de 10% sur les 30 mio de travaux encore à adjuger.
Pour le reste, les nouveaux surcoûts se composent d’une augmentation de 8,5 mio en raison des mauvaises surprises géologiques dans les travaux du passage sous la ligne de chemin de fer et de la galerie souterraine. Et d’une autre de 4mio après la réactualisation des devis de certains objets: barrière de protection, couverture antibruit sur le pont à la sortie du tunnel et accès à la mobilité douce sur le pont du côté du Palatinat.
«Je ne suis pas satisfait de l’évolution financière de ce chantier, mais l’analyse effectuée permet de clarifier le coût final estimé», commente Maurice Ropraz. «On ne veut pas communiquer un montant à la hausse tous les trois mois.»
Promis juré, il n’y aura pas d’autre annonce de surcoût? «Je promets de mettre tout en œuvre pour éviter de nouvelles mauvaises surprises», assure le conseiller d’Etat. Et l’ingénieur cantonal André Magnin d’enchaîner: «Je suis quasi sûr qu’on va tenir ce montant.»
Ce dernier en profite pour se dégager d’un reproche qu’il a entendu ces dernières semaines: «Il n’était pas possible de tirer tous les enseignements de la route de contournement de Bulle pour le chantier de la Poya, parce que le surcoût de la H189 n’était pas encore connu au moment du vote populaire sur le pont.»
Autre explication aux surcoûts avancée par Maurice Ropraz: «Le devis du projet avait été fait dans l’urgence en 2008. Il fallait que les travaux débutent dans l’année pour que la subvention promise par la Confédération soit versée.»
Et voilà comment un projet gonfle de 120 mio au moment du vote populaire en 2006 à 211 mio aujourd’hui, en passant par une rallonge de 28 mio approuvée par le Grand Conseil en 2010 pour la mise sous terre du carrefour de Saint-Léonard. Hors subvention fédérale, pour le canton, l’addition passe dans le même laps de temps de 58 mio à 130mio.
Si l’on tient compte de l’indexation et du renchérissement, le manque de couverture financière est de 31,6 mio ou de 17,6%. Cela correspond au surcoût réel reconnu par la DAEC, laquelle se dédouane en précisant dans son communiqué: «Ce pourcent reste dans la fourchette habituelle de précision de plus ou moins 20%, fixée lors du devis d’avant-projet.» Maurice Ropraz admet tout de même que «l’Etat de Fribourg devra faire face à ses responsabilités».
Des enseignements de ce dépassement ont déjà été tirés en prévision de la route de contournement de Guin («LL» du 11 mai). Ainsi, c’est le projet définitif qui sera soumis au peuple et non plus un avant-projet comme pour la H189 et le pont de la Poya. Les mauvaises surprises devraient en être réduites.
Maurice Ropraz songe aussi à diminuer les risques financiers en adjugeant les travaux en entreprise totale, comme c’est le cas pour la route Romont-Vaulruz. Cela force entrepreneurs et ingénieurs à être plus soucieux au moment de la soumission, puisque ce sera à eux qu’il incombera ensuite d’assumer une bonne part des surcoûts.I