Selon des employés, Disques Office a déjà réduit la voilure en vidant un étage de ses locaux de Beaumont, à Fribourg. Vincent Murith
fribourg • L’entreprise fribourgeoise de vente et de distribution de CD et de DVD est en proie à de grandes difficultés. Elle envisage de licencier plus de la moitié de ses collaborateurs – soit 30 sur 55 – d’ici à la fin du mois.
Des rumeurs de licenciement bruissent depuis quelques jours dans les couloirs de Disques Office. La réalité semble encore plus sombre puisque l’entreprise fribourgeoise, sise dans le quartier de Beaumont, semble être sur le point de licencier 30 de ses 55 employés. Active depuis plus de 50 ans dans l’importation, la vente et la distribution de disques et de vidéos, elle distribue en exclusivité suisse quelque 150 labels audio et 80 labels vidéo. L’entreprise subirait de plein fouet l’effondrement des marchés du CD et du DVD.
Interrogé sur ces bruits de couloir, le président directeur général de Disques Office SA Jean-Michel Valet admet que la société est en période de réflexion. «Tout le monde sait ce qui se passe dans le métier… Nous examinons toutes les possibilités qui s’offrent à nous», ajoute brièvement le PDG. Jean-Michel Valet ne désire pas s’exprimer sur d’éventuels licenciements. Trop tôt pour en parler: «Nous informons en priorité les gens de l’entreprise.»
La menace d’un dégraissage massif est pourtant bien une réalité chez Disques Office. Selon une lettre adressée aux employés et signée de l’administrateur Jean-Claude Vial et du PDG Jean-Michel Valet, dont «La Liberté» s’est procuré une copie, l’entreprise «envisage le licenciement de 30 des 55 employés», soit plus de la moitié de son personnel.
Le syndicat UNIA a notamment été alerté par certains membres du personnel de Disques Office ces dernières semaines. «Les bruits de licenciement étaient plus qu’insistants», explique Xavier Ganioz, secrétaire régional adjoint d’UNIA Fribourg.
Les collaborateurs de Disques Office ont été convoqués le 15 mai par la direction afin d’être informés. «C’est un véritable coup de massue! Certains collègues sont effondrés… On entendait les mouches voler», témoigne un employé. Des collaborateurs qui ne savent toujours pas à l’heure actuelle qui, précisément, va faire partie de cette charrette de licenciement. Une nouvelle séance d’information est prévue le mardi 29 mai: «Les décisions du conseil d’administration seront alors communiquées. Si des licenciements ne pouvaient être évités au moyen de la procédure de consultation, ceux-ci seraient notifiés individuellement avant la fin du mois de mai», peut-on lire sur le document écrit, que chaque employé a été invité à signer.
Toujours selon cette lettre, les collaborateurs de l’entreprise avaient jusqu’à hier soir pour formuler par écrit «des propositions sur les moyens d’éviter les congés ou d’en limiter le nombre ainsi que d’en atténuer les conséquences». Une procédure que goûtent peu les employés. «Ce n’est pas notre rôle de trouver des idées pour sauver la boîte!», regrette l’un d’entre eux, qui assimile le procédé à de la lâcheté de la part de la direction. «D’autant plus que l’administrateur a laissé entendre que 30 licenciements ne seraient peut-être même pas suffisants pour sauver l’entreprise.»
Disques Office justifie son intention de licencier avec plusieurs chiffres coup de poing: «L’entreprise a subi une diminution du chiffre d’affaires de plus de 50% en cinq ans. Pour la seule année 2011, cette diminution a été de 17%», argumente la lettre distribuée au personnel. Après les CD, le marché de la vidéo s’est aussi cassé la figure: «Il a subi une baisse dont la piraterie est partiellement responsable (baisse du marché de 42% en cinq ans, de 22% en 2011 et de 17% pour le premier trimestre 2012).»
«On voyait bien que les ventes ne suivaient plus et que la liste des clients fondait à vue d’œil», raconte un autre employé. En effet depuis 2011, Disques Office SA a dû faire face à une succession de mauvaises nouvelles de la part de leurs principaux clients.
City Disc a abandonné le CD et la vidéo dans ses 20 magasins, la Fnac a supprimé sa centrale d’achats en Suisse pour importer sa marchandise directement de France, et enfin la Migros a abandonné le CD et réduit ses rayons DVD. Par ailleurs, Sony, le principal fournisseur de l’entreprise, avec 22% du chiffre d’affaires, n’a pas renouvelé son contrat de distribution.
Autant d’éléments qui ne plaident pas en faveur de Disques Office. La perte de clients comme la Fnac ou la Migros «pourrait inciter certains éditeurs à résilier nos contrats de distribution, notre marché s’étant restreint», écrit encore la direction de l’entreprise. I
> Denis Bachelet fonde la société en 1954. Présent à sa création, Jean-Claude Vial en reprend les rênes quelques années plus tard. Actionnaire principal et administrateur, il est toujours actif dans l’entreprise.
> Catalogue Disques Office met à la disposition du public le plus large assortiment de Suisse avec 15000 albums audio et 8000 titres DVD. L’entreprise distribue aussi des formats vidéo haute-définition ainsi que des jeux vidéo.
> Distribution exclusive en Suisse de 150 labels audio et 80 labels vidéo.
> 55 employés.
