fribourg • Le Festival du Belluard continue son exploration pointue de la société contemporaine. Le Fribourgeois Martin Schick donne un avant-goût du millésime 2012.
RETOX. Ces cinq lettres forment le fil rouge de la 29e édition du Festival Belluard Bollwerk International qui s’ouvrira le 29 juin prochain. Mais avant de croquer dans cette semaine culturelle bouillonnante et à haut risque, le festival d’art contemporain fribourgeois propose deux appétissants antipasti hors festival, en collaboration avec le Nouveau Monde. Aujourd’hui, le Fribourgeois Martin Schick allumera la mèche à 20h30 à l’Ancienne Gare (lire ci-après). Et les Bavarois de «The Notwist» –quel joli coup de pioche–seront très attendus le 28 juin dans l’enceinte médiévale du Belluard.
RETOX. Cinq lettres, un néologisme inventé par la directrice du festival alors qu’elle cherchait du thé de fenouil dans un supermarché bio de New York – l’histoire est malheureusement trop longue à rapporter ici: «Le terme réintoxication est utilisé quand une personne replonge dans la consommation de produits addictifs. Aujourd’hui, notre société propose des remèdes à tout et même les loisirs sont devenus stressants. Nous considérons qu’il est temps de plonger dans la RETOX et de sortir de notre zone de confort», a annoncé hier Sally De Kunst à l’heure de dévoiler le programme 2012 de la manifestation fribourgeoise. Lors d’une conférence de presse qui s’est déroulée… dans un champ, en dessous du futur pont de la Poya.
On l’aura compris, voire deviné, le Festival du Belluard continue à explorer sans concession la société contemporaine et à dévoiler les nouvelles tendances de l’art. «La semaine sera pointue en terme de programmation, mais également très conviviale. Nous allons présenter des projets uniques, ingénieux, légers, courageux, susceptibles de toucher les gens», précise la directrice. Qui dit vouloir, à travers les événements «se rebeller contre la hiérarchie du savoir à la quelle le société nous confronte».
La nouvelle cuisine concoctée dans la grande marmite du festival sera savoureuse, mais pas toujours facile à digérer. N’en déplaise aux frileux. Parmi les mets proposés au public, six sont des productions maison, sélectionnées parmi 350 dossiers. Comme «Mets-toi dans ma peau», un projet mexicain qui propose à chacun de se glisser dans un autre personnage, en enfilant des moulages en latex. Ou cette performance de l’Australien Keith Lim, qui tentera une cure étonnante, consistant à jouer à des jeux vidéo pendant…64 heures. Le projet «Bolidage», auquel est associé le Club de tuning de Fribourg, proposera pour sa part un étrange dialogue entre un orgue et le bruit des bagnoles.
Plusieurs premières suisses seront au rendez-vous. Dans un show lapidaire, le Néerlandais Nick Steur élaborera des sculptures éphémères en empilant des pierres. Le collectif letton Serde enseignera aux assoiffés les mille manières de produire de l’eau-de-vie artisanale à partir de tout et de rien. Brian Holmes proposera une réflexion artistico-politique originale sur l’histoire récente de l’Argentine. Un atelier de trois jours permettra d’apprendre à récupérer les métaux contenus dans les ordinateurs usagés.
Même si le plat est réchauffé, puisqu’il a déjà été montré à Fribourg en 2010, Renzo Martens montrera son film «Enjoy Powerty». A ne pas manquer. Et le Fribourgeois François Gremaud reviendra, sept ans après sa première apparition, fouler le parterre historique du Belluard avec sa 2B Company.
Et ce n’est bien sûr pas tout. Théâtre, marionnettes, musiques, danse, cinéma, conférences, football et autres performances animeront la semaine. Outre la désormais incontournable Kitchain, le festival innove avec un bar à cocktails. Pour permettre aux festivaliers de se remettre de leurs émotions? I
> Le Belluard Bollwerk International (Festival du Belluard) aura lieu du 29 juin au 7 juillet. Plus d’infos et programme sous: www.belluard.ch
Le Festival du Belluard n’oublie pas les régionaux de l’étape. Pour son édition 2012, il offre une place de choix à Martin Schick. Originaire de Tavel, cet agitateur touche-à-tout qui vit entre l’Allemagne, la Suisse et l’Argentine, sera au four et au moulin à Fribourg. Aujourd’hui, il présente au Nouveau Monde avec sa complice Laura Kalauz «CMMNSNSPRCJCT» un spectacle mêlant danse et théâtre, cherchant à remettre en cause notre rapport avec la société de consommation. Une pièce qui a déjà été jouée sur plusieurs continents. Dans «Not My Piece», programmé le 3 juillet, le Singinois fera dans le post-capitalisme pour les nuls. «Peut-on vivre mieux avec moins? Ne serait-ce pas bien de connaître mon voisin?», interroge-t-il.
Ce spectacle, pas encore totalement écrit, sera alimenté par des contributions de tous les citoyens qui souhaiteront y mettre leur grain de sel. Ils pourront rencontrer l’artiste chaque jour de 18 à 19h dès le 12 juin. Où? Dans un champ situé à la hauteur du grand virage du Stadtberg à Fribourg, presque en dessous du pont de la Poya en construction. Dans cet espace d’une centaine de mètres carrés, dont il espère obtenir du paysan qui le possède un droit de superficie de 99 ans, Martin Schick caresse de grands projets.
Il prévoit d’y construire le «San Keller Learning Center». Soit le premier institut mondial de recherche appliquée en post-capitalisme. Car comme il le dit: «Dans ce monde ou les marques sont plus importantes que les hommes, il est important de s’informer avant d’avoir les pieds tout mouillés…»