Dans un environnement purement rationnel, la construction d’un deuxième tunnel routier au Gothard serait une mesure raisonnable qui désenclaverait le Tessin, éviterait des années de bouchons et renforcerait la sécurité sans augmenter le trafic. Mais on ne vit pas dans un monde parfait et les promesses n’ont que le poids qu’on veut bien leur donner.
Selon le projet du Conseil fédéral, chaque tube comporterait une voie de circulation et une bande d’arrêt d’urgence. Sachant que certaines de ces bandes, du côté de Morges, sont aujourd’hui déjà ouvertes au trafic, il est difficile de croire que la mise en service d’un second tunnel n’entraînera pas une hausse des capacités. Or la diminution du trafic de transit à travers les Alpes est un objectif constitutionnel que Berne peine déjà à concrétiser. Pire encore, le second tube routier met en péril la rentabilité de la future ligne de base ferroviaire qui est en voie d’achèvement. Manifestement, la Confédération parle deux langues différentes selon le public auquel elle s’adresse.
Quant aux coûts, ils risquent d’exploser en cours de route alors qu’aucun financement spécial n’est prévu. Les Romands ont de quoi s’inquiéter en dépit des propos lénifiants tenus par Doris Leuthard. La conseillère fédérale assure que le financement du second tube ne met pas en péril les projets d’infrastructure qui leur sont chers, mais elle oublie de préciser que ceux-ci dépendent d’un fonds en gestation dont les priorités sont déjà contestées outre-Sarine.