04/06/2012

Des magasins ouverts jour et nuit

votations  • Les Zurichois se prononcent le 17 juin sur une libéralisation totale des heures d’ouverture des commerces. Mais les défenseurs du dimanche montent aux barricades.

A Zurich, dans n’importe quel quartier, les enseignes des grands détaillants et les autres échoppes qui le souhaitent peuvent déjà rester ouvertes du lundi au samedi jusqu’à 20 heures, même jusqu’à 23 heures si le personnel est d’accord. La libéralisation mise en place il y a quelques années a connu des succès divers puisque, faute de clients, certains magasins sont revenus en arrière après avoir prolongé leurs horaires.

Zurich connaît déjà l’un des règlements les plus souples de Suisse. Pour les libéraux-radicaux (PLR), pourtant, ce n’est pas assez. Aux yeux du parti, «le client est roi», selon le titre de l’initiative populaire qu’il a lancée et qui sera soumise au vote le 17 juin prochain. Ce texte prévoit une libéralisation totale des horaires d’ouverture. Mais une vaste alliance du centre-gauche, des syndicats, des églises et même de certains représentants UDC fait campagne pour le non avec un slogan miroir: «Le dimanche m’appartient à moi, et non au client.»

Le Conseil d’Etat zurichois et le parlement recommandent eux aussi le rejet de l’initiative, estimant qu’elle ne remplira pas ses promesses – créer des places de travail et générer davantage de recettes fiscales. Le droit fédéral du travail, argumente l’exécutif cantonal, interdit de travailler le dimanche, sauf dans les commerces familiaux (une des nombreuses exceptions).

Des magasins ouverts sans arrêt? Une nouvelle fois, Zurich fait office de laboratoire en Suisse. D’ailleurs, la dimension de «signal» lancé à l’attention de la Berne fédérale est brandie tant par les partisans que par les opposants de l’initiative. Les Chambres fédérales doivent ainsi se prononcer prochainement sur des propositions libérales-radicales demandant divers assouplissements. S’opposant à une «américanisation» de la vie sociale, la gauche, les syndicats et les Eglises estiment qu’un oui soumettra encore plus de travailleurs à des horaires de travail irréguliers et augmentera les nuisances liées au trafic.

«Si je soupçonne que les membres de l’UDC opposés à notre initiative veulent surtout protéger leurs ventes de produits agricoles le dimanche, je peux comprendre que les Eglises soient opposées à notre texte. Mais quand même, leur attitude est un peu à côté de la réalité», note le président du PLR zurichois, Beat Walti. «Les gens sont aujourd’hui très actifs le dimanche.» Selon lui, la libéralisation des horaires d’ouverture contribuerait à freiner le tourisme des achats dans les pays voisins.

 

Tourisme des achats

Le tourisme des achats –vers les cantons voisins cette fois – est aussi brandi par les partisans de la libéralisation, d’ampleur autrement plus modeste, soumise au vote, le 17 juin également, à Lucerne. Le canton est aujourd’hui encore plus restrictif que Fribourg: les commerces y ferment à 18heures30 en semaine, et à 16 heures le samedi. Le Conseil d’Etat propose une heure de plus le samedi, jusqu’à 17 heures, voire 18heures30 la veille des jours fériés. Les détaillants, les syndicats et les partis de gauche ont saisi le référendum contre un projet qui, selon eux, nuit aux petits magasins et péjore les conditions de travail du personnel de vente.

Mais une autre initiative a déjà été déposée par les Jeunes libéraux-radicaux pour demander, comme à Zurich, la libéralisation totale des heures d’ouvertures des magasins. Les citoyens lucernois voteront sur ce texte ultérieurement.

Ces tentatives répétées et les assouplissements déjà réalisés ont provoqué la naissance d’une «Alliance dimanche libre en Suisse», comprenant des syndicats, des associations chrétiennes, des partis, et les médecins du travail, comme l’a révélé le «Tages-Anzeiger». «Une multiplication des modèles de travail impliquant des horaires irréguliers et mal organisés peut provoquer des problèmes pour la santé des travailleurs, c’est cela qui nous préoccupe», explique Claudia Pletscher, membre du comité de la Société suisse de la médecine du travail, membre de l’alliance. Cette dernière présentera ses revendications nationales dans le courant du mois. I

 

 

Un débat vif en suisse

SERGE GUMY

Faut-il élargir les horaires d’ouverture des magasins? Les Suisses n’y semblent pas disposés. C’est en tout cas ce que laisse supposer un sondage publié en mars par Comparis.ch. 77% des personnes interrogées n’en ressentent pas le besoin et semblent pleinement se satisfaire des règles actuelles.

Le débat est malgré tout régulièrement relancé par la droite libérale et la grande distribution. Le dernier front ouvert concerne les magasins des stations-service. Début mai, le Conseil national a accepté l’initiative parlementaire du libéral-radical genevois Christian Lüscher. Ce dernier demande que les shops des stations situées sur les autoroutes et les grands axes routiers puissent être ouverts 7 jours sur 7, 24 heures sur 24. Le Conseil des Etats doit encore donner son feu vert. S’il suit le National, les syndicats menacent de lancer le référendum contre ce qu’ils considèrent comme une brèche dans la protection des travailleurs de la vente.

En parallèle, la droite libérale réclame une harmonisation, au niveau fédéral, des horaires d’ouverture des magasins. Elle reprend les revendications de grands distributeurs et de leur association faîtière: ouverture jusqu’à 20 heures du lundi au samedi, 1 nocturne hebdomadaire jusqu’à 21 heures, 4 dimanches ouvrables par année, dont 2 pendant l’Avent. Le Conseil fédéral n’y est pas favorable. Il rappelle que ce sont les cantons qui sont compétents en matière d’ouverture des commerces. Une solution qu’il juge «judicieuse car elle permet de prendre en compte la diversité des besoins économiques, culturels et géographiques».

Rappelons enfin qu’en novembre 2005, le peuple suisse avait accepté l’ouverture des magasins le dimanche dans les gares et les aéroports. Mais cet assouplissement avait été consenti du bout des lèvres seulement, à une majorité de 50,6%. Signe que le sujet divise profondément les Suisses.

ariane gigon, zurich

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