twitter • Ils sont nombreux à se mettre en évidence pour les propos déplacés qu’ils postent sur leur compte Twitter. Pour les spécialistes, il s’agit souvent de messages maîtrisés.
Les Jeux olympiques, c’était son rêve. Mais l’athlète grecque Voula Papachristou a été exclue de la manifestation, mercredi, après avoir posté sur sa messagerie Twitter un texte à caractère raciste (voir ci-après). Dans le registre sportif toujours, c’est le défenseur de Manchester United Rio Ferdinand qui s’est retrouvé, il y a quelques jours, dans le collimateur de la police pour injure raciale: sur son compte Twitter, il avait traité l’international anglais Ashley Cole d’esquimau à la vanille («choc ice», un terme argotique utilisé pour désigner un Noir qui se comporte comme un Blanc). Le 14 juillet, Valérie Trierweiler a été mise au pas par son compagnon, le président français François Hollande, à la suite de son tweet de soutien à un candidat qui se présentait contre Ségolène Royale aux législatives. Enfin, il y a près d’un mois, l’udc zurichois Alexander Müller a tout perdu: son job, ses mandats, son parti. Il avait posté sur Twitter un message aux relents islamophobes et nazis.
On peut multiplier les exemples, le constat reste le même: certains utilisateurs de Twitter sont-ils à ce point naïfs pour croire que leurs messages n’auraient aucune portée? Même Alexander Müller l’a reconnu: il s’est dit «surpris» de la tempête qui s’est abattue sur lui à la suite de son tweet. Mais à quoi pouvait s’attendre un homme qui avait écrit:«Peut-être avons-nous à nouveau besoin d’une Nuit de Cristal... cette fois-ci contre les mosquées»?
Spécialiste des réseaux sociaux, Xavier de Stoppani relève: «Il y a une certaine forme de naïveté, c’est vrai. Il m’est arrivé de lire sur Facebook ou Twitter des politiciens se plaignant de leurs confrères. Le genre de déballages qui auraient plutôt dû rester dans l’intimité.» Les propos de Voula Papachristou entreraient parfaitement dans cette catégorie.
«Twitter existe depuis 2006, et il est encore mal maîtrisé», poursuit Jérémie Mani, président de Netino, première société en France de modération de forum, de page Facebook ou de compte Twitter. «Certains le considèrent comme une boîte mails. Ou ont l’impression de ne s’adresser qu’à un cercle restreint de personnes. Or sur Twitter, tout est public. Les utilisateurs de Facebook ont d’ailleurs mis du temps avant de comprendre comment restreindre l’accès à leurs photos ou commentaires.»
Mais pour les deux spécialistes, le cas d’Alexander Müller comme celui de Valérie Trierweiler reflètent davantage une autre tendance:le dérapage volontaire. «Je reste convaincu que la plupart des dérapages sur Twitter sont volontaires. J’en veux pour preuve qu’ils sont souvent le fait de politiciens», assène Jérémie Mani. «Avec Twitter, on ne dispose que de 140 caractères pour envoyer un message. Alors on recherche la phrase choc. Celle qui permettra de sortir du lot et d’apparaître dans les médias. C’est pour ça que Twitter convient parfaitement aux politiciens.»
Valérie Trierweiler est journaliste. Mais son tweet était politique. Pour Jérémie Mani, il ne fait aucun doute que son message était parfaitement maîtrisé. «Elle tweete depuis un certain temps déjà. C’est une journaliste expérimentée. On ne peut pas imaginer une telle naïveté chez une personne aussi chevronnée.» Xavier de Stoppani poursuit: «Le formatage imposé par Twitter sert d’alibi aux politiciens:ils jouent les naïfs, et ça leur permet de sortir des énormités que le politiquement correct ne permet pas. Certains l’ont bien compris.»
Selon Xavier de Stoppani et Jérémie Mani, Twitter est donc l’outil idéal pour faire passer un message lorsque l’on a peu ou pas l’occasion de se présenter devant une caméra, un micro ou un stylo. «C’est une manière d’intéresser les journalistes en sortant du cadre classique de la conférence de presse ou du communiqué de presse», expose Jérémie Mani. «Mais c’est toute l’ambiguïté de ce nouveau genre de média: il faut toujours relever sa garde. Ceux qui l’abaissent peuvent voir le bâton revenir.» Alexander Müller, qui n’en était pas à son premier coup en matière de tweet provoquant, en sait quelque chose.
Les journalistes eux-mêmes n’ont-ils pas une part de responsabilité? Ne tombent-ils pas trop facilement dans le piège? «Je comprends que les journalistes apprécient Twitter. Avec des messages instantanés, si courts et directs, c’est du pain béni. Ils doivent toutefois prendre du recul. Parfois, le tweet incriminé fait partie d’une série de tweets. Il faut donc voir le contexte. Et bien sûr contacter l’auteur avant de publier quoi que ce soit», avise Jérémie Mani, qui estime toutefois que ces règles sont en général bien suivies.
Twitter, que même le pape ou le dalaï lama ont adopté, reste cependant un moyen de communication marginal, assure Jérémie Mani. Il ne faut donc pas se fier aux comptes existants: 5 millions en France par exemple, près de 500 millions dans le monde. «Il faut faire la distinction entre ceux qui l’utilisent vraiment, et les passifs ou «followers», qui sont majoritaires. Ces suiveurs se contentent juste de lire les messages», souligne Jérémie Mani. Les suiveurs, François Hollande connaît. Il est le politicien français qui en possède le plus: 100 000. I
«Avec autant d’Africains en Grèce, au moins les moustiques du Nil mangeront de la nourriture maison.» Ces propos, écrit sur Twitter, ont valu à son auteure Voula Papachristou l’exclusion des Jeux olympiques de Londres. La phrase de la triple sauteuse grecque a été jugée «contraire aux valeurs et aux idéaux du mouvement olympique», a indiqué le comité olympique grec.
C’est le premier accroc tweet des JO de Londres. Des JO confrontés pour la première fois au phénomène des réseaux sociaux. Particulièrement adeptes de Twitter, les athlètes commentent et photographient à peu près tout. Le Comité international olympique ne veut pas de dérapages. Il a ainsi édicté des règles pour tenter de cadrer cette nouvelle forme de communication.
L’athlète n’a pas le droit d’en photographier d’autres sans leur consentement par exemple. Et bien sûr, il est interdit d’émettre une quelconque critique contre ces JO. Du coup, durant la manifestation, certains athlètes ont décidé de réduire la voilure au niveau des tweets. A l’image du basketteur français Ali Traore, qui l’a fait savoir à ses 5936 suiveurs. Au grand regret du «Parisien», qui qualifiait récemment le sportif de «twittos le plus drôle de la délégation française à Londres». Une déception, laisse encore entendre le quotidien, pour les journalistes guettant la moindre incartade tweets de ces Jeux…
