17/07/2012

La communication déraille

Tour de France • Tôt ou tard, la Grande Boucle se disputera sans oreillettes. Or, de l’avis même du peloton, ce ne sera pas simple de les supprimer ou de les remplacer.

Les oreillettes ont la vie dure dansle cyclisme, mais l’UCI veut les supprimer. Fin 2013,on coupera le son. Enfin, normalement. Car dans le peloton, les avis divergent sur le sujet. Les solutions d’avenir pointent à l’horizon, mais il ne sera pas évident de les appliquer. Petite démonstration.

«Sur cette étape, très mouvementée, je ne sais pas comment nous aurions fait sans les oreillettes.» Cadel Evans était catégorique après l’arrivée à Boulogne-sur-Mer. Trois jours plus tard, une folle embardée secouait le Tour à Metz. Thomas Voeckler s’en prenait aux oreillettes: «Les directeurs spor-tifs font monter la pression en demandant à tous les coureurs de remonter devant. Du coup, on s’énerve et ça frotte. Puis, ça chute.» Lors de sa victoire à Bellegarde, le Français remerciait son directeur sportif de l’avoir bien conseillé dans l’oreillette.

Fabian Cancellara estime que cet outil est précieux pour éviter les dangers de la route et pour donner les bonnes informations aux coureurs. Frank Schleck est d’accord et estime que chaque coureur sait qu’il doit rouler devant, sans que personne ne le lui dise. Dans la gabegie du mur de Péguère, John Lelangue assure ne pas avoir paniqué, mais il a dû appeler son père, qui regardait le Tour devant sa télévision, pour savoir ce qu’il se passait. En un mot, la communication déraille.

 

«Question philosophique»

De son côté, l’UCI fait la sourde oreille. «C’est une question philo-sophique», insiste Philippe Chevallier, directeur technique de l’Union cycliste internationale. «Nous som-mes en train d’étudier la mise en place d’autres systèmes de communication.» Plusieurs pistes existent, plus ou moins liées. On parle de l’installation de nouvelles puces, plus fiables que les actuels GPS, permettant de mieux suivre les coureurs.

L’introduction du son en direct et de caméras embarquées sur les vélos lors des diffusions télévisées sont aussi envisagées. On pourrait ajouter la vitesse instantanée. Les possibilités se mélangent et se brouillent.

La question de base reste toujours la même: la sécurité. «Les oreillettes augmentent le nombre de chutes», soutient Philippe Chevallier. «Nous l’avons démontré via une étude transmise aux équipes. Elles génèrent du stress.» Ce n’est pas l’avis de tout le monde.

La dissonance entre l’UCI et les équipes est presque totale. La plupart des directeurs sportifs ne veulent rien entendre. «Nous sommes les principaux acteurs du cyclisme et les premiers concernés», fait remarquer Vincent Lavenu, manager d’AG2R. «Ce moyen est utile et limite les risques. Quand plusieurs coureurs ont besoin d’une veste, il suffit que l’un d’entre eux nous appelle et nous remontons pour lui en donner plusieurs. Sinon, les allées et venues seraient incessan-tes et dangereuses. Il faut vraiment que l’UCI accepte de nous entendre sur ce sujet.»

 

Fin 2013, la date butoir

La position fédérative se heurte à celle du terrain. Le problème de fond est ailleurs, il est sportif. «Les courses sont devenues trop prévi-sibles, les coureurs trop attentis-tes», répète Philippe Chevallier. «On peut presque suivre les épreu-ves depuis la voiture des directeurs, c’est là qu’elles se jouent.» Pas totalement faux, mais ce n’est pas si simple. «Le championnat de France s’est disputé sans oreillette et il s’est tout de même terminé au sprint», réplique Vincent Lavenu. «Nous sommes des professionnels et nos sponsors investissent beaucoup d’argent dans le cyclisme. Il est normal que nous voulions contrôler nos coureurs. Qu’on nous laisse travailler.»

Bref, le débat fait toujours rage et il ne va pas se calmer d’ici à la fin 2013, date d’une éventuelle entrée en vigueur de cette suppression. «Tout peut changer très vite d’ici là», estime Jean-François Pescheux, directeur technique du Tour de France. «Avec les moyens de communication actuels, les changements sont très rapides.»

Une solution miracle sera peut-être trouvée d’ici à la fin 2013. Il vaudrait mieux, sinon le dialogue de sourd va se poursuivre. I

 

 

EN ROUE LIBRE

Cancellara: la touche IAM

BIENTÔT EN SUISSE? Fabian Cancellara (31 ans) pourrait courir l’année prochaine dans une équipe suisse. Le propriétaire de IAM, future formation professionnelle basée dans l’Arc lémanique, confirme les négociations avec le quadruple champion du monde qui a quitté le Tour de France voici cinq jours. «Nous sommes en discussion avec Cancellara», déclare Michel Thétaz, patron de IAM, société genevoise spécialisée dans la gestion de fonds institutionnels. Evidemment, l’engagement du quadruple champion du monde du chrono ferait évoluer le projet de IAM. «Nous pourrions directement demander une licence World Tour», confirme Michel Thétaz, dont l’équipe est prévue pour évoluer en Continental Pro.

CLOUS Le nombre de crevaisons dans le mur de Péguère, dimanche, est de 61, selon Jean-François Pescheux, le directeur sportif du Tour. L’équipe Katusha remporte la palme avec 8 crevaisons, alors que Sky et Greenedge ont échappé aux incidents. Le Parquet de Foix a ouvert une enquête et pris les dépositions de plusieurs coureurs. Les images TV sont aussi utilisées pour tenter d’identifier les coupables. Selon les journalistes locaux, plusieurs personnes seraient responsables de ces actes. «Nous avons déjà dû ramasser des punaises et des débris de verre avant le passage des coureurs cette année», informe Pierre-Yves Thouault. «Il était impossible pour nous de prévenir l’acte de malveillance survenu dimanche.»

 

 

Pierrick Fédrigo s’impose à domicile

Quatrième cocorico du Tour pour les Français hier à Pau, au terme de la quinzième étape. Régional du jour, le natif de Marmande en Aquitaine, Pierrick Fédrigo (33 ans) a refait le coup de 2010 pour s’imposer une nouvelle fois dans la cité paloise. Cette quatrième victoire dans la Grande Boucle est certainement la plus belle pour ce puncheur atteint par la maladie de Lyme en 2011. «C’est incroyable», s’exclamait le protégé de Marc Madiot. «Je pense qu’aujourd’hui une bonne étoile veillait sur moi.» Possible, la passivité de Christian Vandevelde, seul compagnon d’échappée à le suivre lors de son attaque finale, a aussi contribué à ce succès mérité. «J’ai parfois tendance à me montrer trop passif, là j’ai décidé d’attaquer», soulignait le Français. «Chaque étape du Tour que j’ai remportée à un symbole. Celle-ci symbolise mon retour après ma maladie. Gagner une étape, c’est moins dur que de se battre contre des ennuis de santé.»

Le peloton est arrivé avec 11’50’’ de retard après une nouvelle «promenade» de santé, même si Bradley Wiggins a trouvé «l’étape très difficile», peut-être à cause du soleil. Le maillot jaune va pouvoir se reposer aujourd’hui. Demain et après-demain, les deux étapes des Pyrénées devraient se révéler moins tranquilles. Quoique, vu l’attitude de certains de ses rivaux ces derniers jours, on se demande si le Britannique sera attaqué. A vrai dire, Christopher Froome semble le plus capable d’inquiéter son leader. «Il est évident que la course serait certainement plus intéressante s’il n’était pas dans mon équipe», reconnaît «Wiggo». Hélas, ce n’est pas le cas.

 

 

 

LA CHRONIQUE DE MICHAËL PERRUCHOUD*

Le champagne et le repos

Le jour de repos, c’est l’heure de gloire des renifleurs de poubelles et des laborantins qui trouvent enfin un certain écho à leurs recherches. Les trop nombreux charognards qui suivent le Tour pour le dégommer et qui avalent sans sourciller qu’un Euro de football peut se dérouler sans contrôle positif (c’est connu, aucun footeux ne fauterait par vénalité) provoquent en moi une récurrente nausée. Alors, qu’ils chassent, puisqu’ils ont le museau désespérément près du sol; qu’ils désignent le salaud du jour, si ça les amuse. On parlera sérieusement du dopage, de son ampleur et de sa complexité, une prochaine fois.

Car un jour de repos, c’est aussi l’occasion de raconter d’autres histoires, car l’attitude du champion qui ne pédale pas peut aussi moduler la course. Jacques Anquetil, dilettante surdoué, en profitait parfois pour s’autoriser quelques agapes. En 1964, un méchoui accompagné de quelques verres fut mal ressenti par ses adversaires. Que le Normand se permette de croquer le mouton et de s’enivrer à la porte des Pyrénées, voilà qui insultait le peloton.

Le lendemain, dès le col d’Envalira, on fit payer à Maître Jacques sa suffisance. Nul ne peut dire si la cause principale en fut son système digestif, une légère gueule de bois, ou son moral plombé par la superstition (un mage avait annoncé dans la presse sa mort pour l’étape du jour), mais le Français subit ce jour-là sa pire défaillance. Le voyant aux portes de l’abandon au sommet d’Envalira, son directeur sportif, le truculent Géminiani, instigateur du fameux méchoui, lui tendit un bidon empli... de champagne. «Soit ça le sauve, soit ça le tue», dit Géminiani alors qu’Anquetil se lançait comme un fou dans la descente.

Plusieurs fois, il frôla le fossé, pied de nez au mage et à sa prédiction, dansant avec l’abîme, mais il refit une grande partie de son retard, pour mieux rétablir la situation dans la plaine, et finir par gagner à Paris. Qu’importe, cette année-là, c’est bien pendant le jour de repos que le Tour avait failli se jouer.

* Ecrivain d’origine valaisanne, né en 1974 à Genève. Il a baigné durant toute son enfance dans le cyclisme.

 

 

Les classements
Voeckler 3e de l’étape

15e étape, Samatan - Pau (158,5 km): 1. Pierrick Fédrigo (Fr) 4h40’15’’ (43,2 km/h de moyenne). 2. Christian Vande Velde (EU), m.t 3. Thomas Voeckler (Fr) à 12’’. 4. Nicki Sörensen (Dan), m.t. 5. Dries Devenyns (Be) à 21’’. 6. Samuel Dumoulin (Fr) à 1’08’’. 7. André Greipel (All) à 11’50’’. 8. Tyler Farrar (EU). 9. Peter Sagan (Slq). 10. Kris Boeckmans (Be). 11. Borut Bozic (Slo). 12. Sébastien Hinault (Fr). 13. Koen de Kort (PB). 14. Jonathan Cantwell (Aus). 15. Jimmy Engoulvent (Fr). 16. Roy Curvers (PB). 17. Jürgen Roelandts (Be). 18. Matthieu Ladagnous (Fr). 19. Michael Schär (S). 20. Janez Brajkovic (Slo). 21. Cadel Evans (Aus). 22. Bradley Wiggins (GB). 23. Christopher Froome (GB). 24. Vincenzo Nibali (It). Puis: 26. Nicolas Roche (Eire). 29. Jurgen van den Broeck (Be). 30. Haimar Zubeldia (Esp). 35. Tejay van Garderen (EU). 44. Pierre Rolland (Fr). 49. Thibaut Pinot (Fr). 143. Michael Albasini (S), tous m.t. 162 coureurs au départ, 156 classés. Abandons: Yauheni Hutarovich (Bié), Kenny van Hummel (PB), Vincent Jérôme (Fr), Brett Lancaster (Aus), Giovanni Bernaudeau (Fr), Sylvain Chavanel (Fr).

Classement général: 1. Bradley Wiggins (GB/Sky) 68h33’21’’. 2. Froome à 2’05’’. 3. Nibali à 2’23’’. 4. Evans à 3’19’’. 5. Van den Broeck à 4’48’’. 6. Zubeldia à 6’15’’. 7. Van Garderen à 6’57’’. 8. Brajkovic à 7’30’’. 9. Rolland à 8’31’’. 10. Pinot à 8’51’’.11. Andreas Klöden (All) à 9’29’’. 12. Fränk Schleck (Lux) à 9’45’’. 13. Roche à 10’49’’. 14. Jérôme Coppel (Fr) à 11’27’’. 15. Chris Horner (EU) à 12’41’’. 16. Denis Menchov (Rus) à 17’21’’. 17. Maxime Monfort (Be) à 17’41’’. 18. Egoi Martinez (Esp) à 18’04’’. 19. Rui Costa (Por) à 19’02’’. 20. Chris Sörensen (Dan) à 20’12’’. Puis: 50. Schär à 1h13’24’’. 97. Albasini à 1h52’00’’.

Aux points: 1. Sagan 356. 2. Greipel 254. Matthew Goss 203.

Meilleur grimpeur: 1. Fredrik Kessiakoff (Su) 69 pts. 2. Pierre Rolland (Fr) 55. 3. Chris Anker Sörensen (Dan) 39.

Par équipes: 1. RadioShack (F. Schleck) 205h52’34’’. 2. Sky (Wiggins) à 12’38’’. 3. BMC (Van Garderen) à 17’46’’.

Meilleur jeune: 1. Van Garderen 68h40’18’’. 2. Pinot à 1’54’’. 3. Sagan à 40’35’’.

Julián Cerviño, pau

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