Grâce à Ken Loach, Paul Brannigan (deuxième depuis la droite) a pu tirer un trait sur son passé. Filmcoopi
«La part des anges» • Dans la comédie sociale de Ken Loach primée à Cannes, Paul Brannigan joue un rôle qui renvoie à son propre parcours de délinquant. Interview.
Paul Brannigan doit à Ken Loach de lui avoir offert un rôle dans «La part des anges», une comédie sociale qui nous transporte dans les Highlands, récompensée par le Prix du jury à Cannes. Sans expérience de comédien, le jeune Ecossais a ainsi saisi sa chance de tirer un trait sur son passé de petit délinquant. Rencontre cannoise.
Le rôle de Robbie, que vous jouez dans «La Part des anges» renvoie à votre parcours personnel…
Absolument. Je viens d’un quartier de Glasgow où il y a beaucoup de petits Robbie…J’ai maintenant 25 ans, mais quand j’étais gamin, j’ai été impliqué dans des gangs, sur fond de drogue et d’alcool. Et comme le personnage du film, je suis aussi papa d’un petit garçon. C’est un événement qui a été un tournant dans ma vie.
En quoi ce film vous a-t-il «sauvé la vie»?
J’ai fait trois ans de volontariat, d’abord en donnant des entraînements de football à des enfants de 5 à 12 ans. Puis la police de Strathclyde m’a payé pendant un an pour participer à un projet de quartier destiné à réduire la violence. Je ressentais beaucoup de pression et me suis retrouvé au chômage à nouveau, pour des raisons que je qualifierais de «politiques». J’ai vécu cela comme un coup de poignard dans le dos. Je me sentais si démoralisé qu’il aurait été facile de me tourner à nouveau vers le deal ou le vol. Du coup, ce rôle dans un film m’a vraiment tiré d’une mauvaise passe. Et grâce à la directrice de casting, j’ai même eu la chance d’enchaîner dans un film de science-fiction avec Scarlett Johansson qui s’est tourné à Glasgow: «Under The Skin», de Jonathan Glazer.
Comment avez-vous rencontré Ken Loach?
Le scénariste Paul Laverty m’a connu alors que j’étais encore engagé dans la maison de quartier. Il a insisté pour me faire passer des auditions à Londres, à une époque où j’avais plutôt envie d’envoyer tout le monde au diable. Ken m’a simplement posé des questions sur ma vie. Je me suis exprimé en toute liberté, très détendu. Je connaissais déjà certains de ses films, comme «Sweet Sixteen» ou «My Name is Joe». Ce que j’apprécie chez lui, c’est qu’il reste très calme et doux en toutes circonstances. Il vous permet de jouer quatre ou cinq variantes de ce qui est écrit sur le scénario.
Dans une scène marquante du film, votre personnage est confronté à l’une de ses anciennes victimes. Il écoute les détails de l’agression, sans rien répondre. N’est-ce pas surprenant?
A ce moment, Robbie a tellement honte de lui qu’il ne peut même pas assumer le regard de sa victime. Il se rend compte de l’ordure qu’il était. Je me souviens avoir été agressé, il m’a été assez facile de pleurer en manipulant mes émotions.
La représentation de la jeunesse à l’écran vous dérange-t-elle parfois?
Dans les programmes de télévision de la BBC, il y a souvent des personnages artificiellement positifs. J’ai le sentiment que tout ce qui passe à la télévision n’a rien à voir avec la réalité.
Les moins de 25 ans iront-ils voir «La Part des anges» en Grande-Bretagne? Les fans de Ken Loach sont en général âgés…
C’est sûr que le film sera vu! L’affiche et le slogan – «Do Share» – ciblent résolument le public jeune. Et comme il y a plus de 200 gangs à Glasgow, cela fait déjà plusieurs milliers de spectateurs potentiels. Cela devrait faire réfléchir quelques gamins de voir un ancien dealer dans un film. Et aussi nos autorités, qui ne se bougent pas du tout pour aider tous ceux qui, comme moi, voudraient sortir de la dèche alors que la situation empire chaque année. I
> En salle à Fribourg.
La réhabilitation, voire la rédemption, par le malt: c’est l’amusante idée au cœur du nouveau film de Ken Loach qui conte les déboires et les espoirs de Robbie, un petit délinquant de Glasgow, initié par un éducateur aux subtilités de la dégustation de whisky. Jeune père décidé à changer de vie et repartir à zéro, il entraîne trois complices dans une rocambolesque entreprise pour subtiliser quelques litres d’un breuvage hors de prix... Entre chronique sociale, road-movie et comédie policière, le cinéaste anglais livre encore une fois un témoignage assez accablant, tempéré heureusement par un humour revigorant, sur les milieux défavorisés en Grande-Bretagne. Passé une première partie assez lourdement démonstrative, on rit de bon cœur aux tribulations de ces Pieds nickelés en kilt. Eric Steiner
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