Plus que quelques heures avant le palmarès de ce 65e Festival de Cannes. Rentré à Fribourg, je m’attends à la question habituelle: «Tu penses quoi de la Palme?» Et je devrai probablement me soumettre à l’incrédulité en répondant: «Ben, je ne l’ai pas vue…» Avoir la chance de participer au Festival de Cannes et rater la Palme d’or? Cette situation, qui eût été embarrassante lorsque j’étais critique de cinéma, est bel et bien le lot du métier de directeur de festival.
D’autant que, vu la vocation du FIFF comme lieu de défense de la diversité, je me suis efforcé d’arpenter la Croisette en évitant les films qui sortiront de toute manière dans nos salles. Dans la grande majorité des cas, nous savons en effet, en débarquant à Cannes, quels ouvrages ont un distributeur en Suisse, puis, tout au long du festival, nous cherchons à savoir lesquels trouvent acquéreurs.
Cette approche, partant du défrichage des 4000 ou 5000 projets présentés sur la Côte d’Azur, permet, à condition d’identifier en amont les films qui pourraient être intéressants, de limiter les égarements. Mais elle demande une telle concentration que la plupart des accrédités arrivent sur la Croisette épuisés.
Le festival n’est lui-même pas vraiment une cure de sommeil. Mais il n’est encore rien face à ce qui va se passer dès son lendemain. En une semaine, j’ai vu une centaine de films (souvent quelques minutes seulement), identifié des tendances, des titres qui pourraient marquer la fin d’année voire l’an prochain, distribué 150 cartes de visites et autant de poignées de main, resserré les options de contenu du FIFF 2013. Il y a là une ivresse qui n’a rien à voir avec les cocktails, et qu’il s’agit à présent de laisser s’évaporer…
(à suivre)
Voir notre dossier: FESTIVAL DE CANNES 2012
