Le massacre d’Aurora – le 20 juillet dernier, un homme ouvrait le feu sur la foule dans un cinéma de la banlieue de Denver, faisant 12 morts et de nombreux blessés – aura valu à «The Dark Knight Rises», troisième volet des aventures de Batman revisitées par le réalisateur Christopher Nolan et son frère Jonathan, un intense et sinistre coup de projecteur.
Immédiatement, Warner Bros. a réagi en annulant sa tournée promotionnelle, notamment le passage de Marion Cotillard dans le journal télévisé de TF1, et l’acteur Christian Bale, qui incarne le chevalier masqué, s’est rendu à l’hôpital au chevet des survivants choqués. Il n’empêche, le film a réalisé l’un des meilleurs démarrages de tous les temps outre-Atlantique. De bon augure à une époque où les gros blockbusters (les récents «Battleship» et «John Carter», notamment) n’ont plus forcément la cote. De fait, «The Dark Knight Rises» est un film plutôt réussi pour qui se sent prêt à affronter près de trois heures d’une progression aussi mégalomane qu’irrémédiable vers le chaos.
Dans le précédent épisode, Christopher Nolan avait laissé Bruce Wayne (car, plus que son alter ego masqué, c’est le milliardaire meurtri qui intéresse le réalisateur) assumer la responsabilité de la mort d’Harvey Dent, héros de la lutte contre la pègre. Sans préciser que le procureur au sourire mentholé avait perdu la boule et était devenu un dangereux psychopathe sous le nom de Double-Face.
A Gotham City, huit ans ont passé. Devenu ennemi public numéro un, Batman a raccroché sa cape alors que le calme règne dans une ville trop contente de dresser des statues de bronze au regretté Harvey Dent. Mais, bientôt, une nouvelle menace se lève. Montagne de muscles à la voix d’outre-tombe, Bane (Tom Hardy) entreprend méthodiquement, et avec une certaine réussite, de détruire le monde, forçant la chauve-souris à réapparaître à la lumière du jour. Pas facile quand on n’a pas remis le costume depuis longtemps et que l’on se retrouve, de surcroît, embarqué dans un triangle amoureux entre la riche Miranda Tate (Marion Cotillard) et une Catwoman reconvertie en Arsène Lupin sur talons aiguilles (Anne Hathaway).
Si Tim Burton avait, en 1989, inventé pour Batman un univers fantastico-gothique fait de kitsch et de noirceur, Nolan implante plus que jamais le superhéros masqué dans un monde froidement réaliste. Sous les buildings de Gotham City se cache en réalité n’importe quelle mégalopole américaine. Et Bane, derrière son masque façon Dark Vador, n’incarne rien d’autre que cette menace terroriste à la fois si floue et si constante, pesant sur la tête de l’Occident.
D’ailleurs, le maire de Gotham City ne tente-t-il pas de lutter contre ce terrorisme-là en entretenant le mensonge à propos de l’irréprochable Harvey Dent (George W. Bush et les armes de destruction massive, ça vous rappelle quelque chose?). Et Bane ne commence-t-il pas sa guerre anti-société moderne en attaquant Wall Street, là où se terrent les vrais méchants dans notre ère post-crise financière?
Et voilà comment Christopher Nolan, amoureux des effets spéciaux à l’ancienne, met à profit ses centaines de millions de dollars de budget pour signer un fin mélange entre blockbuster tous publics et tragédie grecque sur fond de brûlot politique. Et en plus, les gentils gagnent à la fin. I
> En salles à Fribourg.
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