Les personnes en proie à des crises d’hyperphagie boulimique ressentent général
Les personnes en proie à des crises d’hyperphagie boulimique ressentent généralement un sentiment de culpabilité. A long terme, une prise de poids est inévitable. keystone-a
18/08/2012

Manger, manger, sans pouvoir s’arrêter

santé • Les crises d’hyperphagie boulimique sont un trouble du comportement alimentaire pouvant engendrerde graves problèmes physiques et psychiques. L’Université de Fribourg propose un accompagnement thérapeutique.

On estime qu’entre 2 et 6% de la population sont régulièrement en proie à des crises d’hyperphagie boulimique. Souffrant d’un syndrome communément appelé «binge-eating»–littéralement «ingestion compulsive»–les personnes touchées mangent de manière frénétique toutes sortes d’aliments sans pouvoir s’arrêter, parfois jusqu’à en avoir des maux de ventre.

Contrairement aux boulimiques, les gens affectés par ce trouble du comportement alimentaire ne se font pas forcément vomir après leurs accès de fringale, explique la Dr Simone Munsch, professeure de psychologie clinique et responsable du Centre de psychothérapie (CP)de l’Université de Fribourg. Près d’un tiers de la population en surpoids est concerné par ces crises de fringale. Dès septembre, le CP proposera un accompagnement thérapeutique en groupe aux personnes victimes de ce syndrome (lire ci-après).

 

Peu documenté

Bien plus répandu que l’anorexie ou la boulimie, le phénomène de la perte de contrôle alimentaire est aussi nettement moins documenté sur le plan scientifique. Les personnes touchées ont longtemps été prises en charge comme si elles ne souffraient «que» d’un surpoids, expliquent la Dr Katja Hämmerli et sa consœur Andrea Wyssen, qui encadreront les participants aux groupes thérapeutiques. A plus ou moins long terme, les crises d’hyperphagie mènent en effet presque inévitablement à la prise de poids.

Les premiers troubles peuvent se manifester très tôt. «Des enfants de huit ans présentent parfois des symptômes», explique la Dr Munsch. Mais ce n’est souvent que bien plus tard, lorsque les crises ont déjà fait des dégâts physiques et psychiques, que les patients se manifestent. «La prise en charge n’intervient fréquemment qu’entre l’âge de 30 et de 50 ans», regrette Simone Munsch, qui a suivi une huitantaine de patients lorsqu’elle officiait à l’Uni de Bâle.

 

Sentiment de honte

«Contrairement à l’anorexie par exemple, les crises de fringale peuvent être soignées assez aisément», affirme-t-elle. Plus de 90% de ses patients bâlois sont ainsi parvenus à maîtriser leur comportement alimentaire, et ont fortement diminué la fréquence de leurs accès de boulimie. Une évolution positive qui s’est maintenue quatre ans après la thérapie.

C’est à partir de deux crises par semaine sur une durée de trois mois que l’on considère qu’il y a un problème, explique la Dr Munsch. Mais à partir de quand peut-on parler de crise de fringale? Dévorer une plaque de chocolat devant la télé en relève-t-il? Tout dépend de l’état d’esprit de la personne. «On reconnaît notamment une crise d’hyperphagie boulimique au fait que les gens se sentent coupables, honteux et déprimés après», explique Katja Hämmerli.

 

Dans un état second

«Les personnes touchées ont aussi tendance à manger en cachette», ajoute-t-elle. Andrea Wyssen mentionne le cas d’une maman qui avait trouvé des dizaines d’emballages de nourriture cachés sous le lit de son enfant. Un accès de boulimie provoque en outre une perte de contrôle sur ses agissements. On mange dans un état second.

A long terme, et en l’absence de prise en charge appropriée, l’hyperphagie boulimique peut provoquer–outre des atteintes à la santé–des troubles de la concentration engendrant à leur tour des difficultés sociales et professionnelles. D’où l’importance d’une prise en charge rapide. I

des échanges fructueux

Répartis en groupes de quatre à huit personnes, les participants au programme d’accompagnement thérapeutique proposé–en français et en allemand–à l’Université de Fribourg se réuniront une fois par semaine durant huit semaines, après un entretien individuel et un questionnaire d’évaluation. «L’objectif de ces rencontres, qui durent chacune une heure et demie, sera notamment de déterminer quels sont les déclencheurs des crises de fringale», explique Katja Hämmerli.

 

Le fait de pouvoir échanger avec d’autres personnes concernées par ce problème devrait aussi déboucher sur l’élaboration de stratégies permettant d’éviter les crises. Pendant la durée de la thérapie, les patients se verront confier un ordinateur de poche qu’ils utiliseront pour remplir à intervalles réguliers un questionnaire portant sur leur comportement alimentaire et leur état psychique. Deux séances d’évaluation interviendront deux et six mois après la fin du programme, afin d’assurer un suivi thérapeutique et mesurer les progrès réalisés. Une partie des coûts du programme (800 fr.) peut être prise en charge par les assurances complémentaires des caisses-maladie.

MRZ

> Contact et renseignements auprès duCentre de psychothérapie de l’Université de Fribourg, par téléphone: 026 300 73 60 ou par courriel: katja.haemmerli@unifr.ch.

Prise en charge insuffisante

Réagissant à un article paru dans «La Liberté» du 26 juin, l’Association Netzwerk Essstörungen Freiburg (NEF) insiste sur le fait que la situation des personnes souffrant de troubles du comportement alimentaire (TCA) dans le canton de Fribourg est précaire car, en matière de prise en charge, la demande est nettement supérieure à l’offre. Selon un centre privé, on dénombre 60 nouveaux cas par an, sans compter les personnes refusées à cause d’un manque de disponi-bilité. A Fribourg, aucune structure spécifique publique, ambulatoire ou stationnaire, n’existe pour leur prise en charge, relève NEF alors qu’en Suisse alémanique, le Lindenhofspital ou l’Inselspital de Berne notamment sont habilités à le faire. NEF note aussi un délai d’attente trop long pour obtenir une place. NR

marc-roland zoellig

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