Des fleurs et des bougies ont été déposées devant l’église catholique de Payern
Des fleurs et des bougies ont été déposées devant l’église catholique de Payerne à la rue Guillermaux où une prostituée a été abattue par balles mardi soir. Vincent Murith
14/06/2012

Une prostituée tuée en pleine ville

Payerne • Les habitants de tout un quartier sont sous le choc après qu’une Roumaine de 34 ans a été froidement abattue mardi soir devant leurs fenêtres. Son meurtrier a été arrêté.

«Tout le monde criait aux fenêtres et demandait à l’homme de lâcher la prostituée qui avait sa robe déchirée», raconte Zarife Biljali dans son appartement de la rue Guillermaux à Payerne. Comme beaucoup d’habitants de son quartier, cette jeune fille de 15 ans a vu se dérouler sous ses yeux un drame des plus sordides mardi soir.

Il est envrion 23 heures lorsqu’à quelques pas de son immeuble, une prostituée roumaine de 34 ans a été froidement abattue en plein cœur de Payerne. Son agresseur, un Suisse d’une trentaine d’années et domicilié dans la Broye vaudoise, a tiré à trois reprises sur sa victime avant de prendre la fuite. Son profil a été confirmé par la Police cantonale vaudoise qui l’a interpellé tôt hier matin dans la région après avoir mis en place un important dispositif de recherches.

 

Un tueur au sang froid

Selon les habitants qui ont assisté à la scène depuis leur balcon ou leur fenêtre, l’homme portait une casquette et avait le visage camouflé par un bandana. «Il portait aussi des gants en latex blanc. Il a traîné la fille jusque vers le passage piéton en face de l’église en la tirant par les cheveux. Toutes les prostituées criaient: Lâche-la, lâche-la», se souvient avec effroi Dardal Ajdaraj qui habite un immeuble situé juste en face du lieu de l’homicide.

Le jeune homme de 19 ans a tenté avec son cousin d’approcher la prostituée pour la séparer de son agresseur, ne sachant pas que ce dernier était armé. «On était à une dizaine de mètres de lui et il a pointé son arme vers nous. Mon cousin a entendu un déclic mais le coup n’est pas parti», raconte Dardal, encore très choqué hier matin. «La fille hurlait, on n’entendait qu’elle à travers toute la ville», décrit-il. Devant la menace de l’homme armé, les deux jeunes gens se réfugient aussitôt dans leur immeuble.

Quelques secondes plus tard, l’homme masqué tire un premier coup de feu dans la tête de sa victime. «Il a fait deux mètres en arrière et est revenu tranquillement en marchant vers la fille et lui a tiré à nouveau une balle dans la tête et dans le corps», se souvient terrifié le jeune homme qui confie n’avoir pas fermé l’œil de la nuit. Toujours selon des témoins, le tueur aurait ensuite pris le soin de récupérer ses douilles avant de prendre la fuite. «Ce gars est un vrai psychopathe. Même dans les films, les tueurs n’agissent pas avec autant de sang-froid», raconte le jeune apprenti, éprouvé. Selon le père de ce dernier qui s’est approché de la victime une fois le meurtrier en fuite, la prostituée n’est pas morte sur le coup. Elle a toutefois succombé à ses blessures peu de temps avant l’arrivée des secours.

 

Elle devait partir avec lui

Cette ressortissante roumaine travaillait officiellement comme prostituée dans le salon de massage le Butterfly situé dans le bâtiment de l’ancienne cure catholique au numéro 13 de l’impasse de la Reine-Berthe, non loin du lieu où elle a été abattue. Occupée depuis environ trois ans par des prostituées, cette maison abrite actuellement une quinzaine de travailleuses du sexe.

Marion*, une jeune prostituée venue de France, travaille en tant qu’indépendante dans un appartement voisin du salon où se prostituait la victime. «L’homme qui a tué Sonia était un client régulier et même plus que ça. Ils avaient une relation copain-copine. Il lui avait donné de l’argent et ils devaient même vivre ensemble dans une maison qu’il avait fait construire à Moudon. Elle lui avait promis de partir avec lui», explique la jeune femme qui précise que la victime était déjà mariée à un homme en Roumanie.

Selon elle, le soir du drame, le tueur était accompagné d’un ami lorsqu’il est venu frapper à la porte du salon. «Son copain a frappé une autre prostituée qui ne voulait pas les laisser entrer. Nous avons tous pensé qu’il venait pour kidnapper Sonia mais pas pour la tuer», raconte Marion, pour qui cet homicide s’apparente à un crime passionnel. Hier en début de soirée, la Police cantonale vaudoise confirmait qu’un second suspect avait été arrêté en fin de matinée. Il s’agit aussi d’un Suisse habitant dans le canton de Vaud.

Quant au tueur présumé, il a été entendu par le procureur de service qui avait fait le déplacement durant la nuit sur le lieu de l’homicide. Hier en début d’après-midi, les inspecteurs de la Police de sûreté étaient sur place pour interroger les prostituées et les habitants du quartier, tous très secoués par ce drame. I

* Prénom d’emprunt

 

 

Les habitants n’en peuvent plus des nuisances liées à la prostitution

«Ici, on en a tous marre de cette situation. La nuit, on entend des cris qui nous empêchent de dormir et les enfants jouent juste devant l’immeuble où on peut apercevoir des prostituées à moitié nues!», raconte un habitant de la rue Guillermaux qui, avec ses voisins, envisage de rédiger une pétition pour que les choses changent. Pour les résidents du quartier situé à proximité du salon de massage, le drame survenu mardi soir est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase.

A travers leurs témoignages, ils sont nombreux à dénoncer les nuisances qu’ils vivent au quotidien en résidant à proximité d’une maison où se pratique la prostitution. «Certains jours, il y a une trentaine d’enfants de moins de 12 ans qui jouent l’après-midi devant cette maison close. J’en ai vu qui faisaient des dessins à la craie de sexes, de seins et qui écrivaient le mot pute», déplore un autre habitant qui confie ne plus compter le nombre de fois où il a été réveillé par le vacarme provenant de la maison close. «C’est le Bronx ici. Il y a quelques années, une prostituée menaçait de se suicider sur le toit de l’immeuble, d’autres lancent des bouteilles sur leur client en plein jour en les traitant de sales. Je ne comprends pas comment la commune a pu laisser faire ça», poursuit-il en précisant qu’il compte lui aussi écrire à la municipalité.

Syndique de Payerne, Christelle Luisier Brodard se dit totalement consciente des problèmes que pose la prostitution au centre-ville. «Nous n’avons pas attendu que ce terrible drame humain se produise pour prendre les choses en main. Un règlement communal sur la prostitution est sous toit mais il doit encore être approuvé par la Police du commerce. Ensuite, nous présenterons un préavis dans le courant de l’automne si tout va bien», explique l’élue. La municipalité espère ainsi pouvoir mieux délimiter les lieux où la pratique de la prostitution sera autorisée ou en revanche interdite.

«A l’heure actuelle, on voit passer des demandes pour des salons de massage au centre-ville qu’on ne peut tout simplement pas interdire sur le plan légal», explique la syndique. Outre les nuisances, l’état de délabrement de certaines maisons abritant des prostituées pose également problème. «Les appartements sont loués à des prix élevés alors qu’aucune rénovation n’est entreprise sur ces bâtiments», déplore l’élue.

Avec ce futur règlement, la commune espère pouvoir rediriger cette activité en zone industrielle loin des lieux publics. Le centre-ville de Payerne, haut lieu de la prostitution, sera-t-il pour autant débarrassé de tous ses salons de massage? «La volonté de la municipalité est qu’un maximum de ces lieux situés au centre-ville soient fermés, pas pour des questions de morale mais bien parce que cela pose problème au niveau de la qualité de vie de certains Payernois. Maintenant, pour les situations déjà acquises, je ne peux pas encore me prononcer définitivement. On verra dans quelle mesure le règlement nous permettra d’agir», précise toutefois Christelle Luisier Brodard.

Maud Tornare

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