Pascal Mancini: «Je comprends très bien que les gens ne croient pas à cette hist Pascal Mancini: «Je comprends très bien que les gens ne croient pas à cette histoire. Même moi, si on me la racontait, j’aurais du mal à y croire.» Alain Wicht-A
12/07/2012

Mancini en prend pour deux ans

athlétisme • Jugé coupable de dopage à la nandrolone, le sprinter staviacois écope de la suspension maximale. Le verdict ne prend en compte aucune circonstance atténuante.

«C’est un cas vraiment complexe. Ce n’est pas tous les jours que l’on reçoit un téléphone d’un médecin nous informant avoir injecté par erreur un produit dopant à un athlète…» Directeur d’Antidoping Suisse, Matthias Kamber se souviendra encore longtemps de ce fameux 30 septembre 2011 qui allait lancer «l’affaire Mancini». Ce jour-là, Pascal Mancini se rend au cabinet du Dr Gontran Blanc à Crissier pour traiter des douleurs récurrentes à un genou. Mais, au lieu d’une injection de cortisone, le praticien administre par erreur au sprinter fribourgeois de la nandrolone (Deca-Durabolin), un stéroïde anabolisant. Si le Dr Blanc a lui-même effectué l’injection, le produit a été préparé par l’un de ses assistants. S’étant rapidement rendu compte de son erreur, le médecin en informe le même jour tant Pascal Mancini qu’Antidoping Suisse.

 

Trois erreurs

A ce stade, Pascal Mancini a déjà commis trois erreurs qui vont être lourdes de conséquences dans le verdict final. Première erreur: ne pas avoir averti la fédération suisse d’athlétisme (Swiss Athletics) qu’il avait quitté le médecin officiel pour un nouveau praticien. «Chaque athlète est responsable de son entourage», rappelle Matthias Kamber.

Deuxième erreur: ne pas avoir contrôlé lui-même la nature exacte du produit qui lui était injecté. «Chaque athlète est en tout temps responsable de toute substance interdite détectée dans son organisme», assène encore Matthias Kamber. Il incombe dès lors au sportif de fournir des explications sur la manière dont la substance prohibée est parvenue dans son corps et de démontrer qu’aucune faute ne lui est imputable. «Pascal Mancini n’a pas pu démontrer qu’il avait tout fait pour prendre toutes les précautions nécessaires et qu’il n’avait commis aucune faute significative», insiste Matthias Kamber.

Troisième erreur: «L’athlète ne s’est manifesté ni auprès de son entraîneur, ni auprès de Swiss Athletics, ni auprès d’Antidoping Suisse», rappelle Matthias Kamber. «Et si le médecin a averti Antidoping Suisse de son erreur, rien ne prouve qu’il l’a fait avec l’accord de l’athlète.»

A ce stade-là, Pascal Mancini était donc déjà mal barré. Restait à prouver le cas de dopage. Mancini subit deux contrôles inopinés et hors compétition alors qu’il effectue son école de recrues de sportif d’élite à Macolin: le premier en date du 20 novembre 2011 et le second le 8 décembre. Sans surprise, le Staviacois est testé les deux fois positif à la nandrolone, cette substance mettant plusieurs mois à se résorber dans l’organisme. Le 16 janvier 2012, Antidoping Suisse ouvre officiellement une procédure à l’encontre du sprinter fribourgeois. Ce n’est que le lendemain que son entraîneur Laurent Meuwly est enfin mis au courant de toute l’affaire.

 

La peine maximale

Pascal Mancini dépose alors plainte pour erreur médicale contre le Dr Gontran Blanc et engage Me Cédric Aguet, l’avocat lausannois spécialisé dans le droit du sport, pour plaider sa cause.

Après une procédure qui a traîné en longueur et au cours de laquelle ont notamment été entendus Pascal Mancini, le Dr Gontran Blanc, Antidoping Suisse mais aussi le Laboratoire d’analyse du dopage à Lausanne, la Chambre disciplinaire de Swiss Olympic a rendu un verdict ainsi formulé: «Pascal Mancini a été reconnu coupable de dopage à la nandrolone (…) La Chambre disciplinaire le condamne à une suspension de deux ans à partir du 30 janvier 2012.» Tous les frais (6220 francs auxquels il faut ajouter les honoraires de son avocat) sont à la charge de l’athlète fribourgeois. «On avait demandé la suspension maximale de deux ans prévue pour du dopage à un stéroïde parce que c’est un cas lourd. La Chambre disciplinaire a suivi notre avis», se félicite Matthias Kamber, le directeur d’Antidoping Suisse, qui ajoute: «Ce ne sont pas les explications de Pascal Mancini qui sont remises en cause, mais le fait qu’il n’a pas pu prouver avoir tout entrepris pour diminuer le risque d’erreur.»

De son côté, Swiss Athletics informe avoir suspendu avec effet immédiat le relayeur du 4x100m helvétique du programme «World Class Potentials», un programme réservé aux athlètes d’élite et auquel Mancini appartenait depuis 2009.I

 

 

 

«Le truc auquel je m’attendais le moins»

Sitôt le verdict de deux ans de suspension rendu public hier en début d’après-midi, Pascal Mancini (23 ans) a transmis un communiqué de presse à divers médias suisses. On y lit notamment: «J’ai beaucoup de peine à accepter un tel verdict et constate que les circonstances atténuantes, pourtant clairement établies, n’ont pas été prises en compte.» Le sprinter broyard reconnaît avoir été «naïf de croire que les aveux immédiats du docteur (…) seraient pris au sérieux et joueraient en ma faveur» en suffisant «à me disculper».

Pascal Mancini revient également sur un point important, mais qui n’a pas fait l’objet d’un jugement sur le fond: la thèse d’une seule injection de nandrolone et non pas d’injections à répétition «a été accréditée par les experts qui se sont prononcés pendant l’enquête. Les variations de valeurs enregistées lors des deux contrôles (20 novembre et 8 décembre 2011, ndlr) peuvent être dues aux erreurs et différences très fines lors des mesures, thèse également accréditée.» Plus loin, il écrit: «On ne me concède aucune circonstance atténuante alors qu’il y a erreur médicale avérée (…) Pourquoi suis-je le seul à faire face à mes responsabilités? Cela me semble profondément injuste.»

Joint par téléphone, Pascal Mancini ajoutait: «Cela fait plus de neuf mois que je me prépare à tout. Mais, une suspension de deux ans, c’est le truc auquel je m’attendais le moins. J’ai commis des erreurs, et je les assume. Mais pas des erreurs qui méritent deux ans de suspension. A travers moi, on a voulu faire un exemple.» A propos du Dr Gontran Blanc, Pascal Mancini avoue: «Bien sûr que je lui en veux. Mais, une erreur, ça arrive et je ne vais pas le haïr à mort.»

Rocambolesque au possible, la genèse de l’affaire Mancini laisse forcément perplexe: «Je comprends très bien que les gens ne croient pas à cette histoire. Même moi, si on me la racontait, j’aurais du mal à y croire. Et pourtant, c’est exactement comme ça que les choses se sont passées», se défend-il.

Dans sa tête, Pascal Mancini a déjà tourné la page au point d’hésiter à faire appel devant le Tribunal arbitral du sport (TAS) contre la décision de Swiss Olympic. «Mon avocat pense que ça pourrait valoir la peine de faire appel. Mais je ne suis pas sûr d’avoir encore de l’énergie à mettre là-dedans. Sans compter l’aspect financier d’une telle action en justice…»

Le 31 janvier 2014, date de la fin de sa suspension, Pascal Mancini sera dans les starting-blocks. «Je serai dans l’année de mes 25 ans et j’ai prévu de courir jusqu’à plus de 30 ans. Alors oui, je ne vais pas arrêter l’athlétisme. J’ai toujours eu une bonne philosophie de vie. Je ne vais pas faire un drame de cette histoire alors qu’il y a des milliers d’autres choses à faire dans l’existence. Au contraire, tout ça me «booste» encore plus pour revenir.»

En septembre, Pascal Mancini entamera également des études en psychologie à l’Université de Fribourg. «Psychologue du sport ou préparateur mental sont deux formations qui m’intéressent beaucoup.»

stefano lurati

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