11/08/2012

«Je suis une légende vivante»

usain bolt • Le Jamaïcain a atteint son objectif: devenir le premier athlète àconfirmer ses titres olympiques sur 100 et 200m. La gloire éternelle lui tend les bras.

Usain Bolt double face. Comme un scotch qui vous colle aux doigts. D’un côté, un extraterrestre extraverti, assis sur le toit du monde pour lancer au peuple affamé d’étoiles: «Je suis une légende vivante, dites-le bien partout. J’insiste bien. Si vous ne dites pas à tous les gens devos pays, à la télé, à la radio et dans les journaux, que je suis une légende vivante, je ne donnerai plus jamais d’interviews!» Paroles du Jamaïcain, jeudi soir, après sa cinquième médaille d’or olympique, la deuxième londonienne.

Un orgueil démesuré habite le champion. Un esprit de revanche aussi. «Beaucoup de gens ont douté de moi. Moi, j’avais confiance.» Sur la ligne d’arrivée franchie presque au ralenti, il met l’index sur sa bouche. «Je voulais juste dire: taisez-vous, je suis une légende.» Qui aime la fête, les nuggets, la musique plus que l’entraînement, mais qui a compris, après avoir été battu par Yohan Blake lors des sélections jamaïcaines, qu’il devait mettre «la vraie vie» entre parenthèses s’il voulait satisfaire son ego de star et ne pas céder la gloire à son copain. L’autre face du scotch donc. Le salaire de la sueur et de la diète festive ont engendré un doublé, Bolt devenant le premier athlète de l’histoire à conserver son titre sur 100 et 200 mètres olympiques.En attendant, ce soir, une nouvelle médaille au terme du relais 4 x 100 m qui ne devrait pas échapper à l’incroyable Jamaïque qui accoucha d’un triplé avant-hier.

 

Et la méthylxanthine?

Cette pépinière de sprinters, qui naissent parmi une population inférieure à trois millions d’habitants, soulève les foules de toute la planète. Les doutes aussi. Cachés dans une substance stimulante, la méthylxanthine, acceptée sur l’île des Caraïbes et prohibée par l’Agence mondiale antidopage. En 2009, cinq sprinters avaient été soupçonnés de dopage à ce produit avant d’être blanchis pour les mondiaux de Berlin. Usain Bolt s’insurge: «Je suis l’athlète le plus contrôlé du monde. On s’entraîne dur, on se voit travailler. Blake et les autres ne se dopent pas, ils n’aiment pas ça. On court dur, on s’effondre sur la piste pour essayer de montrer au monde que nous courons proprement.» Ou pour le moins, plus vite que les autres. Et la «foudre» lance son éclair de rage: «Carl Lewis a fait des allusions blessantes. Je n’ai plus de respect pour lui. Il veut juste attirer l’attention parce qu’on ne parle plus de lui.» A chacun son époque. A chacun ses titres de gloire. Celle d’Usain Bolt va s’inscrire dans l’éternité de la renommée.

 

«Tu arrives trop tôt»

Brixton. Le quartier jamaïcain de Londres. Cette semaine, les paris allaient bon train de banlieue. Les habitants ne parlaient que de ce duel interne. Bolt ou Blake. Blake ou Bolt. Il n’y a pas eu photo. «Il y a deux ans, j’ai dit à Yohan: tu arri-ves trop tôt. Jusqu’aux Jeux de Londres, ces années seront miennes», explique Usain.«Mais après, il faudra que je me lève de bonne heure pour le battre. Je ne vais pas me retirer. J’ai des hauts et des bas, mais la vie est belle. J’avais un défi: devenir une légende. J’ai réussi. Il faudra donc trouver autre chose.»

21 h 49 jeudi soir. A une minute du départ du 200 m, l’homme le plus rapide du monde pose des questions à une bénévole. Puis il donne un dernier conseil à Warren Weir, 23 ans comme Blake. En toute décontraction. Moins de vingt secondes plus tard, les élèves suivent le maître. Jusque sur le podium. Bolt ne redescendra plus jamais sur terre.Et dans le ciel de la légende jamaïcaine et cosmique, Bob Marley, le roi du reggae, a désormais un interlocuteur. I

christian michellod, londres

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